Journée des Associations à Vincennes 8/09

Nous vous attendons nombreux à la Journée des Associations à Vincennes le samedi 8/09. Cette manifestation lance chaque année le début de la saison des cours après un long et bel été.

Venez découvrir nos activités enfants, adolescents et adultes.

  • Un art du sabre datant du 17e siècle, une école de courage, de rigueur et de subtilité, que je suis allé cherché au Japon
  • L’Aïkido Ringenkaï que j’ai créée en unissant la dimension martiale, la nécessaire philosophie et une technique corporelle harmonieuse

À bientôt sur notre stand !

Nguyen Thanh Thien

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3e Yama Keiko d’Aïkido Ringenkaï

輪元会 合気道 稽古

Nous reprenons le Yama Keiko en Aïkido Ringenkaï !

Le thème de ce stage sera le souffle. L’Aîkido est un art du souffle et de l’énergie. Notre pratique pleine de vitalité, d’amplitude et d’effort, est renforcée par la dimension majestueuse de la montagne, dans notre dojo, le Kaze no Tani Kan, la Maison de la Vallée des Vents, au bord de lacs d’altitude, de torrents de montagne, de pelouses sous les pins, en fond de vallée.

C’est avec un grand plaisir que nous vous retrouvons pour avancer et approfondir notre compréhension de l’art de Noro Masamichi senseï.

Taïso
Dimanche 8 – Vendredi 13 juillet 2018 9h-10h
Rankeiko
Dimanche 8 – Vendredi 13 juillet 2018 10h-12h
Keiko
Dimanche 8 – Vendredi 13 juillet 2018 15h-17h
Coût du stage complet
avant le 01/06/2018 200€
avant le 30/06/2018 250€
si règlement le 30/06/2018 ou après inscription invalidée

 

Coût du stage complet
avant le 01/06/2018 200€
avant le 30/06/2018 250€
si règlement le 30/06/2018 ou après inscription invalidée

Lieux : Kaze no Tani Kan 25 Grand Rue, 65 170 Vielle-Aure Lire la suite

Le fond commun

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 35e partie

Ce que nous appelons zen vient du chinois Ch’an et du sanscrit Dhyana signifiant méditation. En Chine, il devint l’approche subitiste. Il prône un retour au vide en passant par l’unification du corps et de l’esprit, soit un aller au zéro, depuis le deux et passant par l’un.

Catherine Despeux sur le Ch’an

La voie du Bouddha n’est pas celle de l’expertise des textes ni des rituels, mais bien du corps uni à l’esprit en un effort continu qui les lie. Cet enseignement plonge au plus obscur de l’humain, de la réalité guerrière, et, touchant le fond, reconnaît la souffrance comme point d’unification du vivant : tous nous partageons l’expérience de la souffrance Dukkha. Dans les arts martiaux, nous œuvrons à un niveau qui est celui des corps, assujettis ou dominateurs, tous cependant également embastillés dans la maison de l’ignorance. L’étudiant qui désire connaître les arts martiaux doit acquérir les techniques et pour cela se discipliner. Affûtant ses qualités, il est amené à examiner ses défauts. Il devient ainsi pour lui-même son propre « maître de maison », son dominus, son propre magister. Les yeux sur ses maîtres, il apprend que le pouvoir sur autrui sans pouvoir sur soi est un leurre, un aveuglement, un abus. Ainsi vont les versets qui suivent :

  1. On doit se garder des mauvaises actions causées par le corps, on doit être contrôlé quant au corps; abandonnant la mauvaise conduite du corps, on doit être de bonne conduite quant au corps.
  2. On doit se garder des mauvaises actions causées par la parole, on doit être contrôlé quant à la parole; abandonnant la mauvaise conduite de la parole, on doit être de bonne conduite quant à la parole.
  3. On doit se garder des mauvaises actions causées par le mental. On doit être contrôlé quant au mental; abandonnant la mauvaise conduite du mental, on doit être de bonne conduite quant au mental.
  4. Les sages sont contrôlés en action, en parole aussi ils sont contrôlés, ils sont contrôlés aussi bien en mental. En vérité, ils sont pleinement contrôlés.

Résumé :

157. Si l’on sait que le moi est cher (à soi-même), l’on doit bien protéger le moi. Pendant chacune des trois veilles, le Sage doit rester vigilant.

bouddhaBouddha. Statue exposée au Musée national des Arts asiatiques – Guimet

Les 3 veilles concernent celles du corps, de la parole et du mental, ainsi s’exerce le Sage.

Je ne vois pas autrement l’étude des arts martiaux en général et de l’Aïkido dans mon cas. L’art martial étudie la production de Dukkha (souffrance) par le corps. Le corps est le premier lieu pour l’expérience de Dukkha. Viennent après les deux autres veilles. Éviter la compréhension directe de la production de Dukkha dans sa chair revient à saisir par le biais de l’intellect, à distance, en s’abstrayant du vécu intime des frustrations. Il faut à l’élève vivre cette compréhension. La compréhension de Dukkha comme base de l’ascèse est le fondement de la méditation bouddhiste, le zen ou dhyana. Nous devons l’éprouver dans l’intimité du vivant.

L’exercice d’art martial devient un contrôle, une possibilité de concentration et d’unification. Celui-ci mène par la maîtrise du soi à son oubli. Il nous ouvre à une présence au temps. Il est un affûtage de notre mental, passant par le corps et la parole. Il est un accès à la pleine concentration dans les rôles d’Uke et de Tori, les deux partenaires, respectivement celui qui avance et celui qui répond.

« Uke, je marche et je deviens rivière qui coule continûment,
répondant dans l’instant au relief,
à la cascade comme à l’envasement.
Tori, je conduis comme l’écuyer mène l’attelage,
à la fois plume et fer dans le mors.
Uke ou Tori, je pénètre le rôle
jusqu’à l’éclosion de la présence au réel,
telle est notre méditation, notre dhyana, notre zen. »

DSC_3839Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2011

Noro Masamichi senseï nous rappelait que le débutant arrive au dojo comme un glaçon, et, par étapes successives, il devient eau, puis vapeur et enfin vide. Les techniques d’Aïkido sont autant destinées à l’exercice d’un pouvoir sur l’autre que sur soi-même, sur son propre corps en premier lieu. Ces deux pouvoirs ne doivent pas être séparés, ces deux lieux sont liés. Progressivement, l’étudiant parvient à la non séparation de ces deux espaces que sont Uke et Tori. Pour réussir cette alchimie du soi et d’autrui ainsi que des pouvoirs qui y sont attachés, il devra unir ces trois veilles, par la technique qui est conduite du souffle.

L’étudiant inattentif pourrait croire qu’il existe un dolorisme dans les arts martiaux. À l’examen des maîtres, on ne peut que constater des personnages joyeux, pleins de vitalité. Il y a une joie à « défaire les liens qui cachent le vrai visage de l’homme » – ainsi s’exprimait mon maître de sabre -, un soulagement à rompre les liens de la violence, une sérénité à la meilleure perception de soi, un courage à éveiller une puissance maîtrisée.

vacances 082Photographie de C. Nguyen © 2006

En pénétrant le dojo, je suis la voie ouverte par le Bouddha qui déborda du champ de bataille pour investir le domaine spirituel, muni du contrôle du soi et avec pour base la méditation sur Dukkha, la souffrance. Ce fut cette compréhension que je partageais avec mon senseï, un jour dans son dojo. Je me souviens de sa joie ce jour-là. Il y a une joie profonde à laisser l’espoir remonter des profondeurs de l’âme humaine, et passer la porte qui mène à la juste vision, à l’altitude où le regard porte enfin libre.

LaquetteEntre deux entraînements, nous sommes passés par ce lac au pied de cette montagne, Pic de Ramoun à partir des Laquettes. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2010

La suite : Le lointain et le profond

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J’adresse mes remerciements à celles et ceux qui ont mis en ligne ces vidéos. Elles permettent un partage avec les personnes qui n’ont pas connu ces nombreux maîtres venus enseigner en France ou ailleurs, qui n’ont pas vécu telle ou telle période de leur enseignement.

Le son

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 33e partie
Noro_Masamichi

Noro senseï possédait une ouïe musicale dont il était fier. Il l’avait travaillée quand, enfant, il avait vécu de longs mois alité pour cause de maladie et passait le temps en écoutant des disques sur le tourne-disques que son père lui avait dégoté. Dans une abbaye dont j’ai perdu le nom,  dans une salle à l’acoustique unique, ressentant les courants sonores qui l’enveloppaient, Noro senseï fut subjugué par le mouvement quasi tactile du son. À cet instant, il se redressa et, les jambes fortement campées au sol, il leva ses bras, se laissant aller au passage du souffle. Tel une eau vive, le son éveilla en lui un élan qu’il souhaita toujours nous transmettre. Pour ma part, cette aspérité dans le champ de la recherche me remet en mémoire अवलोकितेश्वर Avalokiteshvara en sanscrit, 觀音 Kuanyin en chinois et Kannon en japonais : Celle qui contemple le son du Monde.

roncierRoncier. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2018

Lorsque je m’égare dans le labyrinthe d’un exercice et que ma vue ne suffit plus, je me tourne vers ce qui m’entoure sans être visible, présent mais toujours sur le départ. Le son raconte ce qui échappe à l’inattentif, nage sous la surface de la conscience et, à la fois, révèle la moindre fêlure ou, au contraire, affirme l’unité opérante de l’énoncé. Un cours, c’est une voix, une écoute et l’attention qui assemble les deux. Le son du cours m’a toujours guidé.

DSCF2220Pepita entièrement concentrée sur le présent. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2018

Lorsque j’arrivais au dojo, je tendais l’oreille pour saisir la disposition d’esprit du maître et du chœur des élèves. Quand la porte du dojo s’ouvrait, le maître allait se chercher son café, les élèves boire à la fontaine. Cela suffisait à m’informer sur l’atmosphère du moment. Chaque jour possédait son rythme. J’y prêtais toute mon attention car il donnait la clé de l’humeur du maître et me dévoilait son intention au plus juste.

DSC00213Atmosphère. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2018

Noro senseï rappelait souvent la finesse de son ouïe. On aurait pu croire qu’il plastronnait, qu’il affichait un élément de son identité. De mon point de vue, je ne percevais pas l’homme Noro Masamichi mais bien le senseï, la personne apte à enseigner. Je reconnaissais son action à l’aune de sa fonction. Elle m’était matière à réflexion, à examen, à étude.

lierre-bacheOmbre de lierre sur grillage. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2018

Noro senseï expliquait que le son nous ouvre au rythme de l’autre et que sa connaissance est la clé de la projection, qu’il est possible de faire l’économie de la contrainte et du déséquilibre. Il n’est pas besoin de diminuer Uke, de le menacer aux articulations ou de lui faire perdre ses appuis. Le kokyu est l’instrument de cette étude qui invite à pénétrer dans le son de l’autre, à entendre sa vibration, son ondulation, sa fréquence. Ueshiba Moriheï senseï le lui avait enseigné dans le privé de sa chambre puis l’avait partagé avec les élèves internes, Uchi Deshi, et, quelques temps après, l’un d’eux avait exécuté cette technique devant des élèves externes, Soto deshi. Le maître avait été très mécontent que ce secret réservé au premier cercle ait été dévoilé avec tant de légèreté.

DSC00207Il existe un Monde sonore au même titre qu’un Monde visuel. Les anciens sages de l’Inde voyaient la parole donner la leçon, déroutante continuité des Mondes. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2018

Le son donne l’accès à Uke. Il est son nom intime, ce par quoi il peut être saisi. Parfois, les élèves sont insouciants, parlent trop et passent à côté de la leçon. J’ai appris à écouter le dojo, jusqu’au froissement des tissus jouant de leurs plis, au pas soyeux du maître, cotonneux des élèves et apprêté des débutants. J’aime ces moments de grâce quand tous sont à la dégustation d’une compréhension, quand les souffles s’accordent et que le son avance feutré dans l’air frais du dojo.

La suite : La conduite de l’éléphant

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J’adresse mes remerciements à celles et ceux qui ont mis en ligne ces vidéos. Elles permettent un partage avec les personnes qui n’ont pas connu ces nombreux maîtres venus enseigner en France ou ailleurs, qui n’ont pas vécu telle ou telle période de leur enseignement.

Les héritiers du Neijia

Wang-Bo-et-YangMaîtres Wang Bo et Wang Yang, sa fille disciple héritière. Photographie de T. Cantegrit © 2004

J’ai beaucoup appris de ces maîtres. L’interview qui suit possède le parfum des arts martiaux traditionnels.

Voir leur enseignement sur ce lien.

Stage Aïkido Ringenkaï 14/01

DSC_2520Nguyen Thanh Thien au Unjo An, Corrèze, photographie de Nguyen Thanh Khiet © 2017

Thème :  Des manières aux formes. Kata de jo et bokken

Apportez vos jo, bokken et tanken.

Date : Dimanche 14 janvier 2018
Horaire : 15h30-19h30
Lieu : COSEC 29 rue des 2 piliers
95350 Saint-Brice-sous-Forêt
Page du dojo

Bulletin d’inscription ci-dessous (obligatoire), au moins 48h avant.

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L’an neuf

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Je vous souhaite de la sureté dans vos pas, de la fermeté dans vos résolutions et le souffle pour tenir un an.

En 2018, encore, je me tourne avec détermination vers le beau comme source de ma force, tant pour mes actions, mes émotions et mes pensées.

 

Nuées de tempête sur les Outremonts

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 30e partie

Hier, alors que je quittais< Toulouse pour rejoindre le Kaze no Tani Kan, la Maison de la Vallée des Vents, mo7sn dojo pyrénéen, je découvrais en sortant d’une courbe de la route un mur, massif, immense. Levant les yeux de l’horizon, au-dessus des trognes et ragosses du bocage, témoin d’une tempête en cours, mon regard grimpa et escalada un bleu ardoise veiné de marbrures d’un rouge brun, une muraille, un dragon céleste, un Ourobouros de nuages se contorsionnant et débordant mon champ de vision  à m’en disloquer la vue. Je ne pouvais embrasser tout d’un seul tenant. Il fallut à mes yeux se hisser au sommet d’un Himalaya de nuées assiégeant le très haut. Surpris, j’abaissais sur l’instant mon attention à la recherche d’une base solide, quelques pentes de forêts enneigées que je perçus, bien timides, étrangement minuscules en raison de la démesure des mouvements coiffant les pics voilés à mon regard.

Ce matin, ouvrant les volets, je cherchais le pré que je vis la veille au soir sous une lumière mouillant le paysage d’une clarté diffuse. Tout ployait sous la neige pourtant si légère. Je finis le quignon qui restait de la veille, m’épargnant le courage d’affronter le froid qui m’aurait sinon accompagné jusqu’au dépôt de pain. J’irai plus tard, quand on aura déneigé.

Rencontrer un maître impose de réveiller notre regard. Nous ne pouvons l’aborder avec en tête de l’attendu, encore moins exiger qu’il réponde à notre attente. Espérer qu’il exauçât nos espoirs le limiterait à notre mesure, le restreindrait à notre dimension, l’assujettirait à l’empan de notre satisfaction. Désirer une telle rencontre nous impose de dépasser les bornes, de nous hisser au-dessus et par-dessus la ligne d’horizon, de bouleverser le plan sur lequel nous vivons, agissons et pensons.

Rencontrer notre maître requiert cependant d’accepter qu’il soit moins que nos rêves car il est réel. Il montre moins pour suggérer plus. Noro senseï était à la fois plus et moins que mes attentes. Il était lui et mes rêves étaient moi. Il y eut une approche de chacun vers l’autre, distante et précautionneuse au début, plus libre et chaleureuse ensuite, toujours discrète. Je le considérais dans ce qu’il faisait, attentif à la leçon du jour, avec en mémoire les classes qu’il prodigua à mon professeur et avec en perspective celles qu’il avait encore à concevoir. Ma vision de Noro senseï a toujours été tridimensionnelle, immergée dans le présent, ancrée dans le passé et éperonnant le futur. Il n’y a pas d’évolution de l’enseignement du maître au vu de mon positionnement, de ma vision. De même qu’on lit un texte en saisissant chaque mot qui vient, l’appuyant sur la phrase qui en accouche, prévoyant le sens qui accourt, je perçois dans son enseignement, comme en tout enseignement, une continuité telle que chaque leçon n’a de sens que par ce qui la borde.

Noro senseï fut plus que ce que je pouvais mesurer, il fut moins, autre et par-delà ce que j’avais rêvé, un outre moi. Il m’était revenu et il me revient encore d’avancer vers la leçon reçue. Je ne l’ai pas toute entendue ni vue, il reste tant à pénétrer. Son enseignement n’est pas clos puisque j’ai encore à saisir ce qu’il m’a pourtant mis dans les mains, sous les yeux. Je me souviens d’un ryote dori, double saisie, dont je ne voulus pas sortir tant j’avais à sentir de ses mains puissantes et douces à la fois. Elle illustrait cette phrase du Liu Tao 六韜 : « Maitriser fermement, embrasser chaleureusement. » Deux souvenirs qui s’élèvent, l’un soutenant l’autre : la lecture d’un classique chinois répond à la leçon du maître.

La suite : Le son du sabot, en ligne le 16/01/2018

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J’adresse mes remerciements à celles et ceux qui ont mis en ligne ces vidéos. Elles permettent un partage avec les personnes qui n’ont pas connu ces nombreux maîtres venus enseigner en France ou ailleurs, qui n’ont pas vécu telle ou telle période de leur enseignement.

Stage 5-6/05/2018

Thème : 1ère à 6e forme. Kata de jo et bokken.

Apportez vos jo, bokken et tanken.

Horaires

Samedi 5 mai

  • 10h-11h30
  • 11h45-13h15
  • 14h-15h30

Dimanche 6 mai

  • 10h-11h30
  • 11h45-13h15
  • 14h-15h30

Lieu

Dojo de Saint-Brice Lire la suite

Ne variatur

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 20e partie

Noro Masamichi senseï nous raconte son voyage à Iwama, là où son maître possède un dojo à la campagne. Ce dernier y vient depuis la guerre, quand il a pris ses distances avec l’épopée militariste et suicidaire des généraux japonais pendant le Seconde Guerre Mondiale.


Aïkido au dojo d’Iwama

Saïto Morihiro senseï, particulièrement à partir de 6’40 »

Il nous dit comment Saïto senseï ne lui a pas donné la baffe qu’il réserve aux uchi deshis de Tokyo, quand ces citadins pleins de superbe débarquent au dojo des champs. Il en est fier et le présente comme une marque de considération de la part de son aîné, du sempaï, une presque reconnaissance.

D’ailleurs, il aimait à rappeler sa bonne entente avec Shioda Gozo senseï, le terrible maître qui a débuté avant-guerre et qui est resté célèbre dans tout le Japon pour son énergie et sa force. Sur le même registre, il nous racontait comment sur le bateau qui le menait en Europe, il se fit respecter de l’équipage en acceptant le défi au bras de fer dans sa variante japonaise et en brisant le doigt du plus puissant matelot. Il aimait se remémorer le programme d’exercices qu’il s’était concocté pour accroître sa force. Il n’était pas devenu Otomo en étant faible. Il nous le faisait bien comprendre.

Noro Masamichi senseï au jo (bâton)

Alors qu’il est à Iwama, au dojo des rizières, parmi les vergers et les potagers, il s’entraîne au jo, prenant comme cible de ses tsuki (estoc) les bambous tout proches. Il s’astreint pendant des heures à travailler la précision et la puissance, le souffle et l’intention, le passage d’une posture à la suivante, dans la fluidité, la stabilité comme source de l’impulsion.

Tamura Nobuyoshi senseï

De retour à Tokyo, quand il retrouve Tamura senseï, il prend son jo et se met en garde face à lui. Tamura senseï était redoutable au bokken (sabre en bois). Il l’emportait toujours sur Noro senseï. Cette fois-ci, Noro senseï se dit que cela allait peut-être changer. Il a mis du ki dans ses mouvements. Devant les bambous, il a répété inlassablement la projection d’énergie, cette intention soutenue par le souffle, cette mise à disposition du corps pour l’expression de l’énergie telle que la lui faisait sentir son maître. Noro senseï tient son jo, Tamura senseï un bokken, tous deux immobiles. Soudain, les deux avancent dans un même mouvement, deux gestes fulgurants. Cette fois, le jo a touché, frappant l’arcade sourcilière. La leçon des bambous a tenu sa promesse, le progrès est éclatant. Noro senseï a vaincu. Noro senseï nous disait alors : « Parfois, Tamura porte sa main à son arcade, pris soudainement par un léger mal de tête. Je me demande si Tamura se souvient que je suis à l’origine de cela. »

Un jour, alors que tous deux séjournent à Iwama, loin de l’agitation de Tokyo, Ueshiba senseï maître dit à Noro de prendre son jo et de s’entrainer. Le maître est assis à observer son disciple qui s’empresse de montrer sa diligence à l’étude. Je l’imagine faire Tsuki, Yokomen et Gyaku Yokomen puis recommencer. Il nous faisait répéter cette séquence si souvent que je me demandais si ce n’est pas cet enchaînement qu’il fit ce jour-là et tant de fois par la suite. Il a commencé tôt et maintenant il fait bien chaud et le soleil est au plus haut dans le ciel. Ueshiba senseï est assis plus loin à l’ombre près de la maison. Il ne bouge pas. Noro senseï continue. Il est fort et fier de sa force. L’ombre d’une fatigue s’allonge sur le passage des heures. Il continue tant que son maître ne lui dit pas d’arrêter. Il se tourne vers la maison voir si son maître ne lui fait pas un signe, si même il regarde vers lui. Ueshiba senseï reste de marbre. Malgré toute la volonté du jeune maître, il ne peut faire plus. Épuisé, il tombe à genoux. Il se traîne vers son maître et le découvre profondément assoupi. Il le réveille délicatement et lui dit qu’il ne peut aller plus loin. Étonné de sa sieste qui a trop duré, le vieux maître s’excuse et rentre se rafraîchir après avoir dit à son jeune élève d’aller se reposer un peu.

C’est ainsi que Noro senseï a parcouru le chemin tracé par son maître Ueshiba Moriheï senseï. Il a fait montre d’opiniâtreté au cœur des épreuves qu’il rencontra par la suite en terres lointaines. Il a été fidèle à cette éducation martiale. Il a tenu à transmettre à ses élèves les histoires d’un temps révolu quand il était jeune et que son maître prenait soin de l’instruire au mieux. Sa fidélité au jeune maître qu’il fut l’a animé jusqu’au terme de sa vie. Noro senseï a certainement évolué. Je dirais qu’il a évolué autour de son maître et de son enseignement comme le forgeron tourne autour de son foyer incandescent, activant le soufflet puissant. Sa constance réfute l’idée même d’un abandon de la Voie. Elle nous parle d’une volonté de rejoindre son maître. Son art fut un constant retour vers son senseï, Ueshiba Moriheï senseï.

Je le vois encore, ce jour où j’ai rendu un dernier hommage à son esprit, devant sa dépouille, disposée dans son dojo pour que ses élèves puissent recueillir une ultime leçon, maintenant silencieuse, sous la photo de son maître.

La suite : Fondamental, parution 28/11/2017

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J’adresse mes remerciements à celles et ceux qui ont mis en ligne ces vidéos. Elles permettent un partage avec les personnes qui n’ont pas connu ces nombreux maîtres venus enseigner en France ou ailleurs, qui n’ont pas vécu telle ou telle période de leur enseignement.