Mieux comprendre son maître

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 1ère partie

Ceci est l’Aïkido que Noro Masamichi senseï connut à ses débuts et qui l’enthousiasma au point qu’il y consacra sa vie. Au moment de ce film, il était depuis plus d’un an uchi deshi, élève interne, du fondateur de l’Aïkido, Ueshiba Morihei senseï.

Pour ce second film, nous le voyons déployer un Aïkido flamboyant, apte à ravir les élèves anglais parmi lesquels Henry Ellis, adepte d’une forme dure et dynamique. Déjà, nous le voyons évoluer aux contact de ses élèves européens et se faire une place unique. Les Anglais le nommèrent la « Tornade blanche ».

Pour ce troisième film, Noro Masamichi senseï se fait pédagogue. Il insiste sur le travail du hara, du ventre énergétique. Il démontre des postures fortes et basses. Ses déplacements sont encore très japonais et on peut y voir un ashi waza partagé avec l’école d’étiquette Ogasawara.

Le quatrième court métrage avec Daniel Toutain nous révèle une prise de conscience de la beauté de l’Aïkido, de la grâce qui s’en dégage. Noro senseï comprend qu’il peut émouvoir le public de ses élèves comme lui-même fut ému devant la première vision de son maître. La force dynamique n’a pas encore été sacrifiée.

Ce cinquième court métrage avec la garde de « nouveaux anciens élèves » est à mon sens extraordinaire. Il montre une coupure avec l’avant au point de mettre mal à l’aise ses anciens élèves qui ne reconnaissent plus la forme et l’énergie de leur maître. Pareillement, ses nouveaux élèves se montrèrent allergiques à l’ancien Noro, celui qui fut nommé la « Tornade blanche ».

Il est dans la norme que le maître ne soit pas compris par ses élèves. Il est évident que le disciple doit encore parcourir un grand chemin pour saisir l’esprit de son maître. Le public étranger à cet art exotique ne perçoit pas facilement la logique du cheminement de ce maître. D’ailleurs, les pratiquants d’Aïkido eux-mêmes sont perplexes devant cette évolution. Pour ma part, j’ai toujours été tenté par la compréhension. Je crois à l’unité de sa démarche, à la fidélité à l’enseignement reçu. Noro senseï a évolué librement, souvent malgré ses élèves, à la marge de la communauté des experts japonais d’Aïkido dont il fut pourtant un des chefs.

Aujourd’hui, je me suis décidé à tenter une explication, au moins un examen de cette aventure qui mena Noro senseï de disciple servant du fondateur de l’Aïkido à Représentant en Chef pour l’Europe et l’Afrique, du maître adulé au maître oublié, d’une pratique flamboyante et rugueuse à une manière de danse d’énergie ondulante nourrie de sourires. L’exercice est malaisé, semé d’embûches, et pourtant si nécessaire à moins de s’aveugler sur les contradictions qui traversèrent la vie du maître. Toutefois, je rappelle que le maître doit garder son secret, il n’est pas bon de l’exposer au regard voyeur de ceux qui sont prêts à rire sans comprendre. Je souhaite rendre hommage à un parcours que je crois profondément logique, fidèle à lui-même, pleins de passions, de trahisons et de soutiens indéfectibles.

Ce que je pose comme première constatation est que Noro senseï fut libre au point de se retrouver parfois seul, n’ayant en tête que son devoir de transmettre l’art de l’Aïkido, fidèlement à ce qu’il avait vécu avec son maître.

D’ailleurs, qui vécut comme lui le rôle de disciple servant, Otomo ? Qui d’autre que lui ? Que nous a-t-il transmis sinon sa vision d’Otomo ? N’est-il pas inévitable que nombre de ses admirateurs, de ses contradicteurs et de ses élèves ne puissent accepter ce qu’il leur dévoila ? Pour Noro senseï, n’y a-t-il pas un seul plan, filmé en continu, qui va de sa 1ère rencontre jusqu’au moment où ses yeux se fermèrent une dernière fois ? N’est-ce pas l’ignorant, qui, par manque d’imagination, découpe en plans multiples ce qui, pour Noro senseï, ne fut qu’une passionnante aventure vécue comme un rêve continu ?

Si ce projet de relecture m’intéresse, c’est parce que je cherche la Voie du Milieu qui unit et dépasse les oppositions. Mon étude, mon école, mon enseignement sont fondés sur le sentiment que Noro senseï nous a quitté avant d’avoir réalisé l’œuvre à laquelle il aspirait. Malade, il n’a pu guider ses élèves vers un effort de synthèse où les tempéraments « yang » se seraient entendus avec les esprits « yin ». La synthèse vers laquelle je tends ne renonce ni à la force ni à la souplesse, ni à la confrontation ni à l’apaisement. Par ce travail sur son parcours, je souhaite que le lecteur prenne la mesure d’un maître hors norme, Noro Masamichi senseï.

J’adresse mes remerciements à celles et ceux qui ont mis en ligne ces vidéos. Elles permettent un partage avec les personnes qui n’ont pas connu Noro senseï ou qui n’ont pas vécu telle ou telle période de son enseignement.

Suite : La volution en avant

Publicités

Reprise de cours 14/09

Bonjour,

Les cours reprennent dans nos dojos de Vincennes, Saint-Brice sous Forêt dès le 14/09.

A très bientôt

Ringenkaï Aïkido, présentation

Présentation du Ringenkaï Aïkido lors du Gala des Arts martiaux de Saint-Brice 2017.

Le texte a servi de base au présentateur Olivier Di Mascio, DJ et élève de Maître Badang. Il l’a allégé et adapté à ce qui se passait sur le tatami. Merci à lui pour sa clarté et la pertinence de ses interventions.

Merci aussi à mes élèves pour la sincérité de leur engagement.

En 2016, Nguyen senseï a créé son école d’Aïkido 3 ans après le décès de son maître Noro Masamichi senseï, survenue en 2013. En 2017, Nguyen senseï a ouvert une section à Saint-Brice pour partager avec les Saint-Briciens et les Saint-Briciennes la richesse d’un art magnifique, un art martial fait de souplesse, de respiration et de postures.

Nguyen senseï a appris son art auprès d’un des plus grands maîtres d’Aïkido. Noro Masamichi senseï a été l’élève proche du fondateur de l’Aïkido, Ueshiba senseï. Entre le fondateur et Nguyen senseï, on ne compte qu’une seule génération. Notre école est fière de tenir son enseignement du fondateur en une ligne si directe. Cette proximité avec les maîtres dit toute la valeur d’un enseignement qui se veut avant tout fidèle, fidèle dans la forme, fidèle dans l’esprit, fidèle jusque dans sa direction.

La liberté de mouvement est appuyé sur la posture.
La posture est libérée par la fluidité du souffle.
La fluidité du souffle est soutenue par l’intention martiale.
L’intention martiale est guidée par le sentiment de compassion.
Le sentiment de compassion est inspiré par l’exemple du maître.

Le Ringenkaï Aïkido tient à tout préserver de l’enseignement reçu. Les techniques sont si nombreuses qu’il faut 10 ans pour les étudier toutes, 5 ans pour les assidus qui pratiquent chaque jour, 10 ans pour le pratiquant moyen et régulier. C’est beaucoup mais c’est peu pour celui ou celle qui ambitionne la maîtrise du corps et de l’esprit. Le Ringenkaï Aïkido déploie un enseignement vaste et profond. C’est ainsi que Nguyen senseï l’a recueilli auprès de son maître.

Nous étudions toutes les hauteurs, toutes les distances, tous les angles. Nous le faisons mains nues, avec le bâton, le sabre, et quelques autres armes.

La paix du corps vient d’un travail régulier et d’une discipline personnelle.
La paix de l’esprit vient d’une connaissance de l’action. Le pratiquant devient apte à réagir à propos, avec justesse et justice.

Jour après jour, dans l’effort même, le bien-être progresse. L’exercice répété répond aux doutes et aux questions.

Le maître marche devant, exemple pour ceux qui suivent le chemin qu’il a lui-même parcouru auparavant. Le maître est un guide sûr. Plus jeune, il a lui-même effectué ce même parcours sous le regard de son propre maître, soumis à son examen sans faiblesse, guidé par son soutien sans faille. Il est appelé à l’excellence, il est récompensé par l’humilité.

L’élève assidu prend confiance en lui-même quand il découvre ses propres progrès. De réussite en réussite, il construit un accès à la Voie des Arts martiaux, avec au cœur, la gratitude pour ses maîtres et ses aînés.

Noro Masamichi senseï a été un des plus grands maîtres mondiaux. Il était le leader pour l’Europe et l’Afrique. Il a formé les premières générations d’Aïkidokas en France. Nguyen senseï a rencontré Noro senseï en 1980. Nguyen senseï a recueilli l’enseignement de ses dernières années, sa dernière floraison.

Soyez les bienvenu(e)s pour partager cette aventure avec nous !

Nouvelle page de témoignages !

Nous donnons la parole aux parents d’élèves et aux élèves !

Découvrez leur ressenti et n’hésitez pas à apporter votre témoignage en m’envoyant un texte. Lire la suite

le nouvel ancien

Jardin japonais Albert KahnNguyen Thanh Thiên senseï. Photographie Antonin Borgeaud © 2008

La création de mon école répond à mon intérêt pour la Voie ancienne que j’exprime selon ma compréhension du jour. L’enseignement est donc éclairé chaque jour par une lumière nouvelle.

Shiho Nage est toujours Shiho Nage. Pourtant, Shiho Nage exécuté aujourd’hui est nouveau, il n’a jamais été réalisé ainsi.

Eclairer avec la lumière du jour ce qui est de toujours.

Le Shiho Nage que je fais est celui que me fit mon maître. Il est celui qu’il a déposé en moi. Je le porte dans mes gestes. Il faut maintenant que je le fasse vivre tous les jours et que mes élèves viennent le cueillir.

Une nouvelle école, c’est reprendre l’énergie d’un 1er jour, celui que je connus en pénétrant dans un dojo la première fois, celui du 1er jour de Noro Masamichi senseï arrivant en France, celui d’Ueshiba Moriheï senseï devant Takeda Sokaku senseï.

Une nouvelle école, c’est une nouvelle fois l’ancien geste rejoué dans notre génération.