Ringenkaï Aïkido, présentation

Présentation du Ringenkaï Aïkido lors du Gala des Arts martiaux de Saint-Brice 2017.

Le texte a servi de base au présentateur Olivier Di Mascio, DJ et élève de Maître Badang. Il l’a allégé et adapté à ce qui se passait sur le tatami. Merci à lui pour sa clarté et la pertinence de ses interventions.

Merci aussi à mes élèves pour la sincérité de leur engagement.

En 2016, Nguyen senseï a créé son école d’Aïkido 3 ans après le décès de son maître Noro Masamichi senseï, survenue en 2013. En 2017, Nguyen senseï a ouvert une section à Saint-Brice pour partager avec les Saint-Briciens et les Saint-Briciennes la richesse d’un art magnifique, un art martial fait de souplesse, de respiration et de postures.

Nguyen senseï a appris son art auprès d’un des plus grands maîtres d’Aïkido. Noro Masamichi senseï a été l’élève proche du fondateur de l’Aïkido, Ueshiba senseï. Entre le fondateur et Nguyen senseï, on ne compte qu’une seule génération. Notre école est fière de tenir son enseignement du fondateur en une ligne si directe. Cette proximité avec les maîtres dit toute la valeur d’un enseignement qui se veut avant tout fidèle, fidèle dans la forme, fidèle dans l’esprit, fidèle jusque dans sa direction.

La liberté de mouvement est appuyé sur la posture.
La posture est libérée par la fluidité du souffle.
La fluidité du souffle est soutenue par l’intention martiale.
L’intention martiale est guidée par le sentiment de compassion.
Le sentiment de compassion est inspiré par l’exemple du maître.

Le Ringenkaï Aïkido tient à tout préserver de l’enseignement reçu. Les techniques sont si nombreuses qu’il faut 10 ans pour les étudier toutes, 5 ans pour les assidus qui pratiquent chaque jour, 10 ans pour le pratiquant moyen et régulier. C’est beaucoup mais c’est peu pour celui ou celle qui ambitionne la maîtrise du corps et de l’esprit. Le Ringenkaï Aïkido déploie un enseignement vaste et profond. C’est ainsi que Nguyen senseï l’a recueilli auprès de son maître.

Nous étudions toutes les hauteurs, toutes les distances, tous les angles. Nous le faisons mains nues, avec le bâton, le sabre, et quelques autres armes.

La paix du corps vient d’un travail régulier et d’une discipline personnelle.
La paix de l’esprit vient d’une connaissance de l’action. Le pratiquant devient apte à réagir à propos, avec justesse et justice.

Jour après jour, dans l’effort même, le bien-être progresse. L’exercice répété répond aux doutes et aux questions.

Le maître marche devant, exemple pour ceux qui suivent le chemin qu’il a lui-même parcouru auparavant. Le maître est un guide sûr. Plus jeune, il a lui-même effectué ce même parcours sous le regard de son propre maître, soumis à son examen sans faiblesse, guidé par son soutien sans faille. Il est appelé à l’excellence, il est récompensé par l’humilité.

L’élève assidu prend confiance en lui-même quand il découvre ses propres progrès. De réussite en réussite, il construit un accès à la Voie des Arts martiaux, avec au cœur, la gratitude pour ses maîtres et ses aînés.

Noro Masamichi senseï a été un des plus grands maîtres mondiaux. Il était le leader pour l’Europe et l’Afrique. Il a formé les premières générations d’Aïkidokas en France. Nguyen senseï a rencontré Noro senseï en 1980. Nguyen senseï a recueilli l’enseignement de ses dernières années, sa dernière floraison.

Soyez les bienvenu(e)s pour partager cette aventure avec nous !

Penser le conflit pour en sortir

« En Chine, on n’en arrive au combat que lorsqu’on dérive. Le heurt trahit l’erreur. » Pour comprendre la démarche de Noro Masamichi senseï, il faut revenir au racines de sa compréhension et à celles de son maître Ueshiba Moriheï senseï. Parce que j’explore cette direction, je mets à ma portée les fruits de cet enseignement. Pour cela, je fouille dans mon fond culturel et familial. C’est aussi la leçon de mes ancêtres.

Ashi waza

De mes années dans les dojos, j’ai gardé un intérêt particulier pour le travail des jambes, les déplacements, les postures, les différentes hauteurs de pratique. Revenant d’un stage que j’ai dirigé aux Pays-Bas, j’ai été confronté à l’étonnement de certains élèves devant mes déplacements. Ils me disaient qu’à voir, on dirait une danse mais qu’à ressentir, on voyait immédiatement que l’équilibre était pris et que le mouvement n’offrait qu’une seule issue.

Je leur ai indiqué pour répondre à leur questionnement que je conservais un maximum l’énergie et la dirigeais prioritairement vers l’ukemi, la réception au sol. Chaque pas sollicite le sol et en réponse renvoie la poussée contraire du sol vers la saisie ou le contact. Je leur présentais l’image d’un félin qui avance en effleurant le sol tout en y puisant l’impulsion nécessaire à son attaque.

Le mouvement d’Aïkido lui-même s’inscrit dans le cercle et ce cercle est à son tour développé sur un autre cercle, d’où la naissance d’une spirale. Chaque brisure de la circularité correspond à une perte d’énergie, à une sortie de la ligne, à un manque de maîtrise. Le Ringenkaï Aïkido témoigne de l’exemple que j’ai reçu de mes maîtres, en premier Noro Msasamichi senseï, Otomo* de Ueshiba Moriheï senseï.

*Otomo : disciple servant

3 espaces, 3 temps

Oympus-Trip-35018.WebPhotographie de Nguyen Thanh Thien © 2017

Je reviens d’un stage aux Pays-Bas où j’ai enseigné à l’invitation de Luijten senseï. Ce fut un exercice très intéressant et vivifiant. J’ai tendance à refuser les invitations car je préfère demeurer dans mon dojo pour étudier et partager. Cependant, Luijten senseï m’a témoigné une confiance indéfectible et cette constance m’a conduit à le recontacter pour relancer nos échanges annuels.

L’exercice d’enseigner le Ringenkaï Aïkido, que j’ai créé, impose de commencer par une séance préparatoire, puis de poser les bases pour seulement ensuite installer et développer l’ensemble des techniques. Au fur et à mesure que nous avancions dans la présentation pratique de mon école d’Aïkido, j’ai senti l’intérêt des élèves s’éveiller quand ils ont perçu où les menaient les étapes préliminaires. Ils ont soutenu l’effort d’intégrer les postures rigoureusement, puis de les maintenir dans la fluidité des mouvements et ensuite de découvrir les portes là où le débutant ne voit que des murs.

J’ai aimé le silence qui accueillit l’explication du lien entre les techniques, comment les trois espaces les structurent, comment les 3 temps les font se succéder. Comme me l’a dit Luijten senseï : « C’est une explication que j’entends pour la 1ère fois. » Je laisse pour le prochain stage l’explication de la relation du point au cercle.

D’un détail faire un pilier

Contax-167MT_50mmZeissPhotographie de Nguyen Thanh Thien © 2017

L’étude est une chose que j’aime. Elle est la raison de ma présence dans le dojo. Elle est le moyen que j’ai de retrouver mon maître, de me rapprocher de lui, de l’inviter dans ma pratique au présent.

Quand j’entreprends d’étudier, ma concentration fait que je fais une mise au point sur un détail de telle façon que le reste tombe dans l’arrière plan, baigné dans un flou qui fait ressortir la leçon du jour. C’est une chose difficile que d’accepter cet emploi de l’esprit et du corps qui crée à la fois le trait net et l’imprécis.

On peut aussi aborder d’autres manières de procéder. Au fond, elles se complètent. Pour être sérieux, il faut en réalité passer par toutes ces façons, pour que notre compréhension soit accomplie.

Je reviens d’un stage à Brunssum aux Pays-Bas au dojo de John Luijten senseï. J’ai exposé le Ringenkaï Aïkido aux élèves venus au stage. Certains étaient enseignants d’arts martiaux. Je salue d’ailleurs leur attitude respectueuse et intéressée. J’ai senti leur concentration aux moments où je leur présentais les points clé de ma démarche. Un silence plein d’attention accueillait l’explication. Un effort sans faiblesse continuait mon exposé. Ces instants sont la récompense de l’enseignant.

Il est difficile de concentrer son esprit et son corps sur un détail et ensuite d’avancer dans le flou. Je remercie les pratiquants élèves et enseignants pour la promenade dans les brumes qui entourent le pic au centre de notre discipline.

Étudier pour faire d’un détail un pic, un sommet, un pilier qui lie Terre et Ciel.

Au revoir. We will meet again.

Pour un Aïkido engagé !

DSC_5769Photographie de Suzuki Nagisa © 2017

Devant le choix qui s’impose à notre société entre pratiques démocratiques et républicaines d’un côté et discours et inspirations fascistes de l’autre, je choisis d’appliquer l’enseignement de mes maîtres et de voter Macron.

On me dit que le fascisme ne passera pas le second tour, qu’on n’y croit pas, qu’on ne le voit pas ainsi, que la probabilité est infime. Dans l’engagement du combat, dans la préparation de la victoire, dans la compréhension de son adversaire, il n’y a pas de place pour la croyance, pour une vue déficiente et ni pour une incompréhension du probable. L’Histoire est souvent l’avènement de l’improbable que les survivants se plaisent à expliquer a posteriori.

Les Vénérables Walpola Rahula et Thich Nhat Hanh prônent un bouddhisme engagé dans les luttes pour une meilleure vie ici et maintenant. Pour ma part, selon ma compréhension de l’enseignement de mes maîtres, je ne fuis pas ce combat qui veut que demain soit meilleur qu’aujourd’hui. Je vote donc Macron car, dans ce vote, je vois la plus grande chance d’échapper à un péril dont on revient difficilement.

Je vote Macron car c’est la meilleure façon de remercier la France d’avoir accueilli mes maîtres étrangers, d’avoir éduqué et soigné l’enfant étranger que je fus, d’avoir maintenu la paix dans son peuple et sur sa terre. J’appelle à voter de même, non pour un homme ou un programme mais parce qu’à certaines heures, il ne faut pas se tromper d’enjeu.

Le fascisme ne bute pas contre un plafond de verre mais contre « la volonté des hommes à naître et vivre libres et égaux en droit et à le rester » et certainement contre ma volonté de vivre en paix avec l’autre.

Nguyen Thanh Thiên

Fascisme : Benito Mussolini définissait le fascisme par « Tout pour l’État, tout dans l’État, rien en dehors de l’État. » Autrement dit, suspension de tout et soumission de tout ce qui n’est pas l’État.

Gala des Arts martiaux

IMG_2996Gala des Arts martiaux, Saint-Brice sous Forêt, Photographie Nguyen Thanh Khiet © 2016

L’édition 2017 aura lieu le 10 juin 2017 de 20h à 22h.

Venez en avance pour les répétitions.

Soyez réguliers aux cours et aux stages pour participer au mieux au Gala.

D’aiguille en fil

J’aime revoir Noro Masamichi senseï au début de sa mission en Europe. Il avait alors pour tâche de répandre l’enseignement de son maître, Ueshiba Moriheï senseï.

Il le faisait avec enthousiasme, avec énergie et savait s’adapter à ses nouveaux élèves : nous le voyons ici privilégier les projections sur enroulement avec appui comme on le fait au Judo.

Son art a évolué depuis mais je crois que ses dernières évolutions puisent leurs racines dans ses premiers pas en Europe. Il y a un lien entre toutes les étapes qu’a connues son art. Musashi l’avait écrit : « Le maître est l’aiguille, l’élève est le fil. » Ma mission aujourd’hui est de restituer la cohérence de son art ainsi qu’à maintenir un équilibre à ma recherche. J’ai créé le RingenKaï Aïkido pour étudier les liens entre toutes les parties, pour les réunir toutes en un tout cohérent. Pour cette raison, j’aime refaire les techniques anciennes puis les nouvelles et en ressentir l’unité profonde.

Aller par le travers

bernetHaie bocagère dans la Vallée d’Aure, la vallée des vents. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2017

Adolescent, j’avais pris la route comme d’autres prennent la mer. Comme le dit le poète, ce n’est pas nous qui prenons la mer, c’est la mer qui nous prend. Depuis, j’aime avancer, m’éloigner de mes racines, poussé par mes racines. J’ai franchi des frontières, j’ai habité l’exil et vécu en étranger parmi des étrangers. Mon chez-moi a été la langue, le mouvement, le commerce des hommes au sens des Anciens. J’ai aimé le dictionnaire qui convoquait des êtres nouveaux, qui peuplait mon imagination de merveilles et de lendemains en des terres nouvelles. J’ai remercié mes maîtres qui ouvraient de nouvelles pistes vers l’autre, bousculant l’adversité et ouvrant les portes à l’entente entre les hommes.

Ce jour-là, j’ai traversé la route ou est-ce la route qui m’a traversé ?