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Stage 5-6/05/2018

Thème : 1ère à 6e forme. Kata de jo et bokken.

Apportez vos jo, bokken et tanken.

Horaires

Samedi 5 mai

  • 10h-11h30
  • 11h45-13h15
  • 14h-15h30

Dimanche 6 mai

  • 10h-11h30
  • 11h45-13h15
  • 14h-15h30

Lieu

Dojo de Saint-Brice Lire la suite

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Stage de Tada shihan

Nous avons saisi l’opportunité de suivre un stage de Tada shishan en avril lors de son passage à Paris. Voir son site.

Je n’ai pu participer que pour un après-midi car j’avais cours et stage pendant ce week-end. Je me présentais au cours du samedi dédié à l’Aïkido.

Ce fut un moment de grande émotion de rencontrer celui qui fut l’ami et le soutien de mon maître, Noro Masamichi senseï, pendant toutes ses années d’enseignement en Europe et en Afrique. Je pouvais revoir les leçons que je reçus de Noro senseï, percevant une fraternité d’armes, un compagnonnage de chercheurs, des stèles vivantes témoignant de l’art d’Ueshiba Moriheï senseï.

Je pus revisiter l’aspect énergétique de l’Aïkido, une étude fine du souffle, un placement profondément ancré dans le flux. Tada shihan fut prodigue en anecdotes qui rendaient plus présente la leçon. Il nous raconta ses années d’enfance quand l’art familiale du tir à l’arc et du cheval le préparait aux futures leçons d’Aïkido. Il nous fit sentir les continuités qui font le chemin des écoles anciennes, koryu, vers la conception de l’Aïkido. Il nous dit les distinctions. Tada shihan fut généreux en clarté d’explication.

Je perçus ce qu’avait été l’Aïkido qui émut tant cette génération de pionniers. Je goûtais à nouveau ce qui m’enchanta en 1980 quand je rencontrais Noro senseï pour la première fois. Je repartis du stage bouillonnant d’une sève vivifiée.

Je remercie Tada shihan pour ce rappel de la hauteur à laquelle notre art évolue. L’organisation d’Emiko et l’aisance de la traduction ajoutèrent au plaisir de ce moment de plénitude de l’art.

Prochain stage de tada shihan : 30 juin au 3 juillet 2018 à Paris

 

 

1er Yama Keiko d’Aïkido Ringenkaï

DSC00747Vue depuis le dojo. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Le 1er Yama Keiko de l’Aïkido Ringenkaï sera le moment de poser les bases de notre école, sachant que ces 1er pas constitueront les bornes de nos recherches futures. Nous aborderons particulièrement le lien entre mains nues, bokken, jo et tanto. Ce 1er stage sera aussi le moment de réaffirmer la liaison entre le souffle et le geste, le relâchement et l’extension.

Taïso
Dimanche 8 – Vendredi 13 juillet 2018 9h-10h
Ran Keiko
Dimanche 8- Vendredi 13 juillet 2018 10h-12h
Keiko
Dimanche 8- Vendredi 13 juillet 2018 15h-17h
Coût du stage complet
avant le 01/06/2018 200€
avant le 30/06/2018 250€
si règlement le 30/06/2018 ou après inscription invalidée

Pour en savoir plus sur Vielle-Aure et son territoire qui abrite une faune et une flore exceptionnelles préservées par la Réserve Naturelle du Néouvielle, contactez l’Office du Tourisme Vielle-Aure Néouvielle.

Demande d’inscription

La forme entre Terre et Ciel

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 49e partie et fin

posture-TerrePhotographie d’Antonin Borgeaud © 2006

La forme, kata en japonais, est ce qui est étudié, transmis, maintenu vivant. Par le kata, l’esprit d’une école, d’un fondateur et d’un génie, est passé à la génération suivante.

La forme est apprise auprès du maître, voire du Grand-maître. Elle porte son empreinte, sa manière. Elle reflète son cœur avec fidélité. Pour apprivoiser l’attention du public occidental, Noro Masamichi senseï avait nommé sa discipline « art du mouvement ». Cette approche offrait un pente plus douce vers le sommet de son art. Cependant, la facilité comporte un prix, celui du renoncement au trésor, au secret de l’expérience, bien gardé par le dragon Effort. La Belle dort de l’autre côté du roncier.

posture-shiho-nagePhotographie d’Antonin Borgeaud © 2006

J’ai approché Noro senseï avec l’intention de l’écouter et de le regarder. J’ai développé le sentiment que l’enseignant donne et que l’élève doit l’aider à donner encore. Il faut secourir le maître dans son effort de tout transvaser vers l’esprit et le corps de son élève car le risque majeur pour l’enseignant est celui du dépit. Pour cela, l’étudiant doit faire montre de courage, de persévérance, d’attention, d’habileté, de discernement, de raison et d’intuition. Aussi, je me suis tourné vers mon maître pour l’observer, puis pour l’examiner. Je l’ai fait en cours, je l’ai fait aussi en dehors quand je m’approchais de sa culture pour comprendre quel sens il attribuait à tel geste, telle attitude ou tel mot. J’ai cherché la signification de la leçon comme je cherche les champignons, en visant le biotope que je transposais en contexte et en références.

posture-kaeten-nagePhotographie d’Antonin Borgeaud © 2006

Je me souviens du Kaeten Nage (Yonten) qu’il exécutait en 1981. Je vois encore sa posture, la forme de son corps, la disposition de son esprit. Je possède cette mémoire au point qu’il me suffit de tourner mon esprit vers lui pour que sa forme m’apparaisse. J’ai tant travaillé ses postures de Terre et de Ciel qu’elles ont informé mon corps. Il m’arrivait de m’attacher une semaine durant à une seule posture et de la maintenir aussi longtemps que je le pouvais. J’en fis le pilier de mon étude. Les mains alors relâchent leur tension, les épaules se positionnent au plus juste, les aplombs s’empilent sur un unique point d’appui. Puis il me fallait entrer dans la technique avec en mire les positions que j’enchaînais, les liant par le souffle, par le chemin le moins dépensier en contraintes et en déséquilibres. La technique devenait au fur et à mesure de ma quête une série de formes, d’idéogrammes que je traçais d’une même respiration. Je la continuais jusque dans l’explosion du yang. Je la développais dans les 111 mouvements. Je la retrouvais depuis le salut jusque dans le vif des gestes les plus tranchants. Toujours, elle racontait la possible harmonie du fort et du faible, l’union tant espérée du clair et de l’obscur, la mise en cercle du haut et du bas.

 03-005Noro Masamichi senseï au sabre. Avec Noro senseï, la forme est le vase de mouvement, matière du souffle, recèle de puissance. Photographie d’Antonin Borgeaud © 2007

Je vois la technique comme texte de formes, comme page d’idéogrammes, comme chapelet de grains dont chacun devient à son tour le début virtuel d’un autre chapelet. La posture possède une puissance infinie qui vient de l’équilibre de toutes les forces, de leur sommation sans réduction, toutes s’exprimant et aucune n’étant contrainte. Il suffit alors d’ouvrir une porte, de lever une barrière, de lâcher une retenue pour que jaillissent une force, une eau vive, une colonne d’écume. À ce moment, surgit une forme nouvelle, une variante, un enchaînement inédit. Je voyais dans l’art de Noro Masamichi senseï une science du réceptacle qui contient pour mieux suggérer, une puissance du contenu qui recèle pour mieux livrer, un vase qui retient une lumière trop vive et qui s’offre à un éclatement joyeux. Je percevais la leçon dans un univers de formes.

IMG_0424La forme met en musique le silence. Photographie d’Antonin Borgeaud © 2007

J’invitais mon senseï au jardin japonais pour illustrer cette compréhension. Je désirais témoigner de son art selon cette vision et il y a consenti : « C’est comme le dojo de mon maître ». Il y a une profondeur dans ce retour. J’y perçois un esprit débutant, une rencontre initiale, une première initiation.

DSC01869L’évanescence et l’apogée de la forme sont les deux extrémités du mouvement. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Fin de l’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse.

D’une même main

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 48e partie

Noro Masamichi senseï se baisse et prend une brassée imaginaire de feuilles et se relève pour les lancer au plus haut. Écartant ensuite les bras en un grand cercle, il réitère son geste face aux 3 autres horizons pour finalement revenir à sa direction initiale. D’une manière des plus simples, Noro senseï vient de livrer son message, son résumé de l’art, de la volonté de son maître, Ueshiba Moriheï senseï.

DSC01697J’admire les fleurs de cerisiers et songe à mes amis sous les sakura. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018 Lire la suite

Le jardin des songes

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 47e partie

Nous étions entourés de 3 000 pratiquants venus fêter 30 ans d’Aïkido sous l’égide de la FFAAA, fédération Française d’Aïkido et Affinitaires, et emmenés dans ce weekend de partage par le petit-fils du fondateur de l’Aïkido, Ueshiba Moriteru senseï. Parmi les maîtres invités, Noro Masamichi senseï et Tamura Nobuyoshi senseï étaient sur le tatami parmi nous à dispenser leurs conseils, à donner de leur exemple. Noro senseï passait de groupe en groupe, montrant Ikkyo ou Shiho Nage. Certains se demandaient qui pouvaient bien être ce maître japonais qu’ils n’avaient pas beaucoup vu dans les revues d’arts martiaux.

D’autres se souvenaient de leur jeunesse, des années yéyé, et retrouvaient le maître vieilli mais souriant, bien plus souriant que le terrible senseï qui les jugeait sévèrement. Dans ces années de jeunesse, certains jours, le senseï grimpait quatre à quatre l’escalier de son immeuble et tambourinait à la porte du groupe musical qui répétait en montant le son à fond et dérangeait la sérénité de son cours d’Aïkido, noble Art japonais. Il nous disait qu’il sentait bien l’artiste caché derrière la porte, attendant qu’il parte. Et il devait finalement redescendre, toujours furieux. Il  souriait en partageant l’anecdote, tout au souvenir d’Antoine, quand le bouillonnement de sa jeunesse le portait à frapper les portes.

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De la noirceur

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 46e partie

ForsitiaDu fond se tourner vers la forme. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Noro Masamichi senseï prônait une étude des arts martiaux dénuée d’agressivité. Cette disposition d’esprit est nécessaire à l’entrée dans le dojo. L’étiquette oriente vers une attitude de respect et de compassion. Celui ou celle qui n’y souscrit pas ne peut pénétrer cet espace réservé à l’étude. Il ne m’a jamais semblé nécessaire d’aller plus loin dans la chasse aux sorcières. Cependant, l’exclusion de la violence en actes est rarement accompagnée par son corollaire qui est la non-violence en paroles et en pensées. Nombre de fois, je vis une personne s’abstenant de violence dans le geste mais qui restait méprisante en paroles ou en pensées. Ses mots ou ses attitudes constituaient autant de charges offensantes.

La violence en Aïkido est avant tout l’application d’une force sur une personne qui ne possède pas le niveau pour y répondre. Ce qui est violent au débutant est une gentille blague pour le maître. La mesure de l’autre, cette sensibilité des arts martiaux, est une leçon que chacun doit se dépêcher d’apprendre. Elle est écoute, regard, toucher. Il n’y a nulle manque dans la force justement appliquée, dans l’explosion de vitalité partagée avec l’autre, dans le sacre du printemps, dans l’éclat d’un geste premier.

Je distingue l’agressivité de la nécessaire ardeur au combat. Il y a des affrontements devant lesquels on ne doit reculer. J’ai des lévriers qui sont saisis d’une folie temporaire s’ils sentent la présence de quelque gibier. Il me suffit d’attendre que l’effet de leur nature profonde s’essouffle. Toutefois, ces mêmes lévriers se feront battre à mort s’ils vivent sous la dépendance d’un maître cruel, sans réagir à l’injustice, passifs dans leur propre souffrance. Je regrette à ce moment leur manque d’ardeur à combattre pour leur vie. J’ai trop souvent assisté à une confusion entre rejet de l’agressivité comme mode de communication et ardeur à combattre pour une saine cause. De cet amalgame, naissent des anathèmes à répétition à l’encontre des arts martiaux. Il s’ensuit une culture de la faiblesse qui me révulse car elle ouvre la porte à toutes les soumissions.

Une enseignante qui suivait le même maître que moi, entra un soir dans mon dojo « en attendant un rendez-vous dans le quartier » et, ostensiblement, prit la place importante pour mieux ignorer le cours qui se déroulait. Elle manifestait une indifférence affichée à un enseignement. Cette personne n’eut jamais un geste violent à mon encontre mais elle démontra le peu d’égards qu’elle avait pour la leçon que je donnais à mes élèves. Songeant à ce jour d’indélicatesse, j’éprouve plus de dégoût pour l’hypocrisie que pour la violence physique. Elle est dévoiement de toute loi, au sens bouddhique du terme.

La plus grande offense faite à l’humain est la blessure infligée à la leçon, à l’espoir de se connaître meilleur, ensemble. L’hypocrisie m’est une peine plus intense que toute douleur portée à la chair, au sentiment ou à l’esprit. Elle est véritable bannissement de l’espoir du cœur de l’offenseur, elle est souffrance pour celui qui comprend l’enjeu. Elle est exil de la lucidité. Elle est plongée dans la noirceur comme substance, comme force, comme esprit. Je rejoins les maîtres qui, plaçant la sincérité au cœur, enseignent malgré tout. Ils témoignent que du lieu le plus obscur peut germer le retour à l’unité d’intention. De cet accès à l’un, naissent le beau geste, la parole lumineuse, la pensée claire.

 

Branche de forsythia sous la neigeLe printemps vient. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

La suite : Le jardin des songes

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Hommage à l’homme

chatonCe qui est beau et juste requiert le soutien de toute notre force. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Au lendemain d’un attentat en France, à l’heure de la commémoration nationale en l’honneur du gendarme Arnaud Beltrame, je suis interpelé pour mon étude de la Voie martiale :

Pourquoi faites-vous des arts martiaux en temps de paix ? Quel besoin avez-vous d’étudier de telles disciplines ?

Ma réponse :

Nous devons cultiver la force ainsi que la réflexion sur son usage. Nous ne pouvons pas nous déposséder du pouvoir de faire triompher l’esprit de justice. Nous ne pouvons annoncer au faible soumis aux abus : « Désolé, je me suis désisté du devoir de force. » Face à la fureur de détruire, face à la corrosion de l’ignorance, face à la parade de la haine, nous devons étudier l’art d’affronter le conflit et œuvrer à la restauration de l’humanité, de notre communauté de destin. La Voie martiale, comme la voix de nos maîtres, oriente nos efforts et nos espoirs vers le meilleur et nous détourne du pire. Hâtons-nous de retourner au dojo.

La Voie martiale a pour projet d’étendre et d’approfondir la connaissance de nos maîtres qui est la juste manière d’entrer, de se maintenir et de sortir du conflit. Commençant par le salut et terminant par lui, nous cadrons notre pratique dans le respect porté à l’autre, à l’humain.

Le don de force

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 45e partie

Châton de Saule MarsaultVoir la force qui vient comme un don. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Noro Masamichi senseï avait un discours fort sur l’agressivité. Il la rejetait, la bannissait, l’excluait. Lui qui était connu pour son enseignement très dur des années 60-70 en était venu à ne pas supporter l’agressivité et à promouvoir un Aïkido de compassion, qui était plus baume que douleur. Cependant, je me souviens aussi du Maître me portant Nikyo à fond, allant vers les limites de mes possibilités, fouillant ma volonté, éprouvant mon courage. Nikyo est le mouvement qui nous met au bord de la blessure, qui teste notre résistance. Il dispute la place du mouvement le plus douloureux à Sankyo et je pense qu’il l’emporte. Noro senseï me porta deux fois de suite Nikyo, à fond, je me souviens qu’il m’amena le poignet au ras du sol, une fois puis deux. Finalement, je me relevais et il me regarda surpris. « Félicitation » me dit-il.

J’avais suivi son enseignement sur l’art d’accepter Nikyo. Pour l’esprit de celui qui reçoit, il y a une acceptation de la présence de la volonté de l’autre jusqu’au creux de son ventre. On l’y accueille et on le fait tourner comme dans un fond de marmite et on le rend avec joie car on a passé l’épreuve, renforcé du souffle de l’autre, empli d’une énergie nouvelle, heureux de retourner une force amplifiée et portée à se donner. Il y a un chemin pour recevoir qui passe par l’ouverture maîtrisée de chaque articulation, selon une progression qui adoucit à chaque passage la poussée de Tori, celui qui exécute le mouvement. Ce passage d’une énergie étrangère au travers de notre corps nous dévêt des émotions tristes qui nous attifaillent : peur, angoisse, envie, contentement de soi, joie à la domination, jouissance de la contraction d’autrui devant soi. Il existe une force qui naît de l’abaissement de nos barrières et qui nous élève.

Cet enseignement, Noro Masamichi senseï le savait caché au plus profond du mouvement le plus contraignant de l’Aïkido. Il faut avoir traversé cet enfer d’appréhension pour parvenir à la fontaine d’eau vive. Cette sensation, je l’ai connue en montagne quand, égaré, gravissant une pente impossible dont la descente seule suffisait à me faire grimper plus haut, j’arrivais enfin à un balcon d’herbes soyeuses. En mémoire de ces leçons, j’ai préservé l’exigence de Nikyo portée à l’extrême afin que la force apprenne à s’écouler au long des os et au travers des articulations. La compréhension la plus sereine se trouve de l’autre côté de la haie d’épines.

Châton de Saule Marsault sous la neigeAccepter l’hiver quand on est printemps. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

La suite : De la noirceur

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Oubliée au vent

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 44e partie

Il y a, avec un maître qui étudie et enseigne pendant plus de 50 ans, une difficulté à le suivre. Entrés en son domaine de maîtrise bien après l’éclosion de son talent, ses élèves n’ont pas connaissance de sa formation, de sa genèse, de ses balbutiements, de ses premiers pas, de ses chutes et de ses tentatives initiales. Ils arrivent par vagues, portés par l’esprit de leur temps, par une mode ou une vocation solitaire, avec en partage l’humeur du moment de leur maître.

Ce qui distingue le maître est son registre, lequel traverse les octaves de l’étude, courant d’un inaudible à l’autre, alors que ses élèves perçoivent un spectre restreint à la mesure de leur capacité ou de leur goût. En une heure de cours, je voyais s’évaporer une part non négligeable de la leçon.

Noro Masamichi senseï nous invitait à plonger profond et à nous envoler au plus haut. Son Ikkyo s’élevait puis s’abîmait. J’eus bien des difficultés à intégrer les oscillations du Maître. Pourtant à l’époque, je les savais essentielles, dans son dojo, sous son regard souvent patient, parfois impatient. Elles donnent un « rassembler », un moelleux, un contrôle où la fermeté est conjuguée avec la chaleur.

Un geste sans art joint un point à l’autre par la ligne droite. Le geste d’école quant à lui crée une courbure de l’espace dans laquelle les deux pratiquants trouvent à se lover, sortant de l’opposition, découvrant plus qu’ils n’ont apporté. Je l’ai découvert dans l’Art équestre. La relation homme-cheval échappe grâce à l’art au rejet de l’autre du mouvement et de sa libre participation, à l’exil de son bon vouloir. L’Art de la juste Conduite est un retour chez soi de cette bonne volonté comme une sortie pérenne du conflit. Il s’étudie dans le réel. Revenant des livres et des rêves de nos maîtres, il renaît sous nos doigts.

Il est tact, contact, toucher. Il nous sourit depuis le clavier du pianiste, des mains du chirurgien à celles du jardinier. Il s’épanouissait sous mes pieds quand le soir, au moment où les martinets lancent leurs derniers pépiements vespéraux, je quittais la pelouse et m’apprêtais à rentrer près d’un livre, pénétré du calme de la première heure de la nuit. Les ombres estompaient les lignes des massifs et un voile d’humidité atténuait les sons. Le tact m’ouvrait à la manifestation progressive des poussées et à leur dissolution comme une encre lavée d’eau. Il m’épargnait le mode binaire et autorisait la transition. Ainsi ce qui était perçu au premier plan était-il tracé en contours tranchés puis passait au second et au dernier par l’évaporation des formes. Quelques monts lointains éveillaient mon imagination, brumes de pierre.

shan-suiShugetsu, Honolulu Museum of Art, un exemple typique du shan-sui 山水 montagne-eau ou peinture de paysage

L’opposant, l’adversaire, l’ennemi, sont transformés au creuset du combat en partenaires puis en « vis-à-vis », selon ma fantaisie latine en « force-à-force ». Je perçois à cet instant une dissolution des contours, quand l’autre et le soi, remis du premier choc, entrent dans une mêlée où les anathèmes sont transformés en dialogue des corps et des volontés. Un maître disait : « C’est l’adversaire qui m’indique comment il veut être vaincu. » Alors, l’un doit bien vaincre, exprimant la position la plus juste. Sur cet accord, sur la vision du « plus juste », le combat est terminé, le tableau est achevé. C’est le tao du guerrier.

« Exerce-toi tous les jours à conduire le char et à manier les armes. »

Yiking

Je m’exprime loin des boucheries dont aucun ne sort indemne. L’Art est la sortie des enfers, la seule que je connaisse et que j’ai étudiée auprès de mon maître. Il fut clair : « Mon art est né le jour où j’ai vu Ueshiba Moriheï senseï. » Par la suite, il reçut les attentions d’un public occidental amateur enthousiaste d’Orientalisme, nourri des voyages de Pierre Loti, d’opéra de Giacomo Puccini, des Nymphéas de Monet. Des médecins et des philosophes désirèrent étudier sa compréhension du corps et de l’esprit. Des échanges fructueux naquirent. Il invita Lily Ehrenfried à son dojo pour y exposer son enseignement. Il nous rappela cependant : « Ce sont eux qui vinrent à moi et non moi qui alla vers eux ». Je comprenais que son étude allait entièrement à son maître.

Dans la vision extrême-orientale, le tao du guerrier, celui du médecin et du  poète sont unis. Une grand-mère asiatique me disait : « Mon père était médecin et il étudia les arts martiaux car ce n’est qu’ainsi qu’on parvient à l’accomplissement du médecin … Les techniques ne sont efficaces que si on connaît les poèmes qui les accompagnent. » Le tao est un, accessible par ses innombrables facettes. Nommer une « évolution du Maître » revient à se l’approprier selon une vision extrême-occidentale quand la manière extrême-orientale, son regard et son engagement furent de pénétrer la Voie, le tao, et d’y persévérer. Ses mutations qui sont le signe du flux perpétuel sont certes selon nos conceptions réinterprétation, renouvellement ou bascule, mais au regard bridé du Maître, le fleuve est unité au sein des transformations et, à son terme, évanouissement. Telle est la leçon du lavis que peindre les montagnes conduit par degré à leur dissolution.

Quand Noro Masamichi senseï me saisit le bras à 2 mains, je sentis avec surprise un flux léger passer dans ses os, comme une brise qui pénètrerait une flûte posée sur le mur, oubliée au vent. Je commençais « moi » puis devint attention et parvint à l’écoute pour me joindre à lui, soufflant. Je ne cessais d’être moi, attention ou écoute, et pourtant, déjà j’étais passé et, la seconde suivante, les pieds me portaient sans répit plus avant sur la Voie. Le maître est toujours passé, présent et à venir. Je ne peux le connaître aujourd’hui qu’en le rejoignant dans l’espace où il choisit de vivre, dans la pratique et l’étude des maîtres.

La suite : Le don de force

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J’adresse mes remerciements à celles et ceux qui ont mis en ligne ces vidéos. Elles permettent un partage avec les personnes qui n’ont pas connu ces nombreux maîtres venus enseigner en France ou ailleurs, qui n’ont pas vécu telle ou telle période de leur enseignement.

Nos conférences en anglais !

Pour les anglophones, voici notre liste de conférences en anglais, à visionner et à partager !

J’aborde 3 sujets en 21 vidéos :

An introduction to Ringenkai Aikido (7 parts)

Teaching Aikido (7 parts)

The lost teaching within Aikido (7 parts)