Ashi waza

De mes années dans les dojos, j’ai gardé un intérêt particulier pour le travail des jambes, les déplacements, les postures, les différentes hauteurs de pratique. Revenant d’un stage que j’ai dirigé aux Pays-Bas, j’ai été confronté à l’étonnement de certains élèves devant mes déplacements. Ils me disaient qu’à voir, on dirait une danse mais qu’à ressentir, on voyait immédiatement que l’équilibre était pris et que le mouvement n’offrait qu’une seule issue.

Je leur ai indiqué pour répondre à leur questionnement que je conservais un maximum l’énergie et la dirigeais prioritairement vers l’ukemi, la réception au sol. Chaque pas sollicite le sol et en réponse renvoie la poussée contraire du sol vers la saisie ou le contact. Je leur présentais l’image d’un félin qui avance en effleurant le sol tout en y puisant l’impulsion nécessaire à son attaque.

Le mouvement d’Aïkido lui-même s’inscrit dans le cercle et ce cercle est à son tour développé sur un autre cercle, d’où la naissance d’une spirale. Chaque brisure de la circularité correspond à une perte d’énergie, à une sortie de la ligne, à un manque de maîtrise. Le Ringenkaï Aïkido témoigne de l’exemple que j’ai reçu de mes maîtres, en premier Noro Msasamichi senseï, Otomo* de Ueshiba Moriheï senseï.

*Otomo : disciple servant

3 espaces, 3 temps

Oympus-Trip-35018.WebPhotographie de Nguyen Thanh Thien © 2017

Je reviens d’un stage aux Pays-Bas où j’ai enseigné à l’invitation de Luijten senseï. Ce fut un exercice très intéressant et vivifiant. J’ai tendance à refuser les invitations car je préfère demeurer dans mon dojo pour étudier et partager. Cependant, Luijten senseï m’a témoigné une confiance indéfectible et cette constance m’a conduit à le recontacter pour relancer nos échanges annuels.

L’exercice d’enseigner le Ringenkaï Aïkido, que j’ai créé, impose de commencer par une séance préparatoire, puis de poser les bases pour seulement ensuite installer et développer l’ensemble des techniques. Au fur et à mesure que nous avancions dans la présentation pratique de mon école d’Aïkido, j’ai senti l’intérêt des élèves s’éveiller quand ils ont perçu où les menaient les étapes préliminaires. Ils ont soutenu l’effort d’intégrer les postures rigoureusement, puis de les maintenir dans la fluidité des mouvements et ensuite de découvrir les portes là où le débutant ne voit que des murs.

J’ai aimé le silence qui accueillit l’explication du lien entre les techniques, comment les trois espaces les structurent, comment les 3 temps les font se succéder. Comme me l’a dit Luijten senseï : « C’est une explication que j’entends pour la 1ère fois. » Je laisse pour le prochain stage l’explication de la relation du point au cercle.

D’un détail faire un pilier

Contax-167MT_50mmZeissPhotographie de Nguyen Thanh Thien © 2017

L’étude est une chose que j’aime. Elle est la raison de ma présence dans le dojo. Elle est le moyen que j’ai de retrouver mon maître, de me rapprocher de lui, de l’inviter dans ma pratique au présent.

Quand j’entreprends d’étudier, ma concentration fait que je fais une mise au point sur un détail de telle façon que le reste tombe dans l’arrière plan, baigné dans un flou qui fait ressortir la leçon du jour. C’est une chose difficile que d’accepter cet emploi de l’esprit et du corps qui crée à la fois le trait net et l’imprécis.

On peut aussi aborder d’autres manières de procéder. Au fond, elles se complètent. Pour être sérieux, il faut en réalité passer par toutes ces façons, pour que notre compréhension soit accomplie.

Je reviens d’un stage à Brunssum aux Pays-Bas au dojo de John Luijten senseï. J’ai exposé le Ringenkaï Aïkido aux élèves venus au stage. Certains étaient enseignants d’arts martiaux. Je salue d’ailleurs leur attitude respectueuse et intéressée. J’ai senti leur concentration aux moments où je leur présentais les points clé de ma démarche. Un silence plein d’attention accueillait l’explication. Un effort sans faiblesse continuait mon exposé. Ces instants sont la récompense de l’enseignant.

Il est difficile de concentrer son esprit et son corps sur un détail et ensuite d’avancer dans le flou. Je remercie les pratiquants élèves et enseignants pour la promenade dans les brumes qui entourent le pic au centre de notre discipline.

Étudier pour faire d’un détail un pic, un sommet, un pilier qui lie Terre et Ciel.

Au revoir. We will meet again.

Pour un Aïkido engagé !

DSC_5769Photographie de Suzuki Nagisa © 2017

Devant le choix qui s’impose à notre société entre pratiques démocratiques et républicaines d’un côté et discours et inspirations fascistes de l’autre, je choisis d’appliquer l’enseignement de mes maîtres et de voter Macron.

On me dit que le fascisme ne passera pas le second tour, qu’on n’y croit pas, qu’on ne le voit pas ainsi, que la probabilité est infime. Dans l’engagement du combat, dans la préparation de la victoire, dans la compréhension de son adversaire, il n’y a pas de place pour la croyance, pour une vue déficiente et ni pour une incompréhension du probable. L’Histoire est souvent l’avènement de l’improbable que les survivants se plaisent à expliquer a posteriori.

Les Vénérables Walpola Rahula et Thich Nhat Hanh prônent un bouddhisme engagé dans les luttes pour une meilleure vie ici et maintenant. Pour ma part, selon ma compréhension de l’enseignement de mes maîtres, je ne fuis pas ce combat qui veut que demain soit meilleur qu’aujourd’hui. Je vote donc Macron car, dans ce vote, je vois la plus grande chance d’échapper à un péril dont on revient difficilement.

Je vote Macron car c’est la meilleure façon de remercier la France d’avoir accueilli mes maîtres étrangers, d’avoir éduqué et soigné l’enfant étranger que je fus, d’avoir maintenu la paix dans son peuple et sur sa terre. J’appelle à voter de même, non pour un homme ou un programme mais parce qu’à certaines heures, il ne faut pas se tromper d’enjeu.

Le fascisme ne bute pas contre un plafond de verre mais contre « la volonté des hommes à naître et vivre libres et égaux en droit et à le rester » et certainement contre ma volonté de vivre en paix avec l’autre.

Nguyen Thanh Thiên

Fascisme : Benito Mussolini définissait le fascisme par « Tout pour l’État, tout dans l’État, rien en dehors de l’État. » Autrement dit, suspension de tout et soumission de tout ce qui n’est pas l’État.

Gala des Arts martiaux

IMG_2996Gala des Arts martiaux, Saint-Brice sous Forêt, Photographie Nguyen Thanh Khiet © 2016

L’édition 2017 aura lieu le 10 juin 2017 de 20h à 22h.

Venez en avance pour les répétitions.

Soyez réguliers aux cours et aux stages pour participer au mieux au Gala.

D’aiguille en fil

J’aime revoir Noro Masamichi senseï au début de sa mission en Europe. Il avait alors pour tâche de répandre l’enseignement de son maître, Ueshiba Moriheï senseï.

Il le faisait avec enthousiasme, avec énergie et savait s’adapter à ses nouveaux élèves : nous le voyons ici privilégier les projections sur enroulement avec appui comme on le fait au Judo.

Son art a évolué depuis mais je crois que ses dernières évolutions puisent leurs racines dans ses premiers pas en Europe. Il y a un lien entre toutes les étapes qu’a connues son art. Musashi l’avait écrit : « Le maître est l’aiguille, l’élève est le fil. » Ma mission aujourd’hui est de restituer la cohérence de son art ainsi qu’à maintenir un équilibre à ma recherche. J’ai créé le RingenKaï Aïkido pour étudier les liens entre toutes les parties, pour les réunir toutes en un tout cohérent. Pour cette raison, j’aime refaire les techniques anciennes puis les nouvelles et en ressentir l’unité profonde.

Aller par le travers

bernetHaie bocagère dans la Vallée d’Aure, la vallée des vents. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2017

Adolescent, j’avais pris la route comme d’autres prennent la mer. Comme le dit le poète, ce n’est pas nous qui prenons la mer, c’est la mer qui nous prend. Depuis, j’aime avancer, m’éloigner de mes racines, poussé par mes racines. J’ai franchi des frontières, j’ai habité l’exil et vécu en étranger parmi des étrangers. Mon chez-moi a été la langue, le mouvement, le commerce des hommes au sens des Anciens. J’ai aimé le dictionnaire qui convoquait des êtres nouveaux, qui peuplait mon imagination de merveilles et de lendemains en des terres nouvelles. J’ai remercié mes maîtres qui ouvraient de nouvelles pistes vers l’autre, bousculant l’adversité et ouvrant les portes à l’entente entre les hommes.

Ce jour-là, j’ai traversé la route ou est-ce la route qui m’a traversé ?

Quand le vide circule

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Il faut se grandir.

On entend souvent cela dans les dojos. Cela signifie souvent qu’il faut prendre l’ascendant sur l’adversaire, le contempler de haut, le sentir petit.

Lorsque j’avais voulu donner un sens à mon enseignement aux enfants, j’avais adopté cette maxime : « Grandir, c’est aussi s’élever. » J’ajoutais à une nécessité physiologique une urgence morale et spirituelle.

Il faut aussi se grandir car nous avons tendance à rapetisser le Monde à notre mesure pour nous assurer une meilleure emprise sur l’adversité. Il faut pourtant regarder l’autre comme une montagne, voir en lui de la base jusqu’au sommet et les nuages et les cieux qui le couronnent.

Encore plus loin, nous devons nous grandir pour accroître l’espace entre la voûte plantaire et le sommet du crâne, donner du volume à la respiration, libérer le mouvement à chaque intervalle.

Il faut aussi se grandir jusqu’à voir en l’autre une possibilité de croissance et non plus un obstacle, se penser arbre mais aussi forêt, bois qui se dresse et air qui circule entre les branches. Comme dans un jardin japonais, le pratiquant fait circuler le vide.

La leçon par l’exemple

passiflorePhotographie de Nguyen Thanh Thiên © 2017

L’étude d’un mouvement est avant tout celui d’un exemple. Ce que je nomme mouvement ou technique fut d’abord ce que j’ai vu dans le geste du maître. Isolé de sa manière de faire, l’exemple devient chose à reproduire, chose en soi, technique autonome, indépendante du maître qui me l’a transmise.

Je me souviens de Noro Masamichi senseï qui rappelait que Nikyo Omote en 6e forme devait être fait comme Ikkyo Omote. Il disait qu’il ne comprenait pas pourquoi mais qu’il le faisait ainsi parce que son maître, Ueshiba Moriheï senseï, l’exécutait toujours ainsi.

Cette leçon m’enseigne que l’élève fidèle étudie l’exemple, celui du maître et que la chose, par lui étudiée, n’est jamais la technique, isolée du maître. Mon étude s’attache au vivant. Ikkyo ou Shiho Nage sont des projections sur une discipline que l’on pourrait cultiver hors sol.

Cette leçon insiste aussi sur le fait que l’étude dure autant que l’on accepte que la compréhension n’est pas faite, totale, terminée. La reconnaissance de son ignorance est une condition nécessaire à l’étude.

Cette leçon est une invitation à la maîtrise car elle dirige notre regard vers le maître vivant. Orientée vers la technique, elle nous pousserait vers l’accumulation, la thésaurisation et l’édification de murs entre chacune et chacun.

La leçon est toujours vivante.

La Forêt des Sabres et des Bâtons

Oak trees in l'Isle-Adam Forest, FrancePhotographie de Nguyen Thanh Thiên © 2016

Chaque école d’arts martiaux se tient au milieu d’une époque entourée de nombreuses autres écoles. Chaque école d’arts martiaux se tient au bout d’une chaîne de transmission qui part d’un fondateur et, chevauchant les siècles, la porte jusqu’à l’heure présente.

De même qu’on nommait une académie de lettrés chinois « La Forêt des Pinceaux », j’aime à me penser au sein d’une « Forêt des Sabres et des Bâtons ». Chacun, nous sommes uniques. Tous, nous sommes entourés horizontalement et verticalement. Ensemble, nous portons un espoir que l’usage de la force obéisse à des principes et à une Voie, que le faible puisse renverser l’abus de puissance, que le juste puisse faire prévaloir sa voix.

Mon école, le Ringenkaï Aïkido, participe à ce mouvement immémorial, qui tient à l’espoir de notre enseignant, de son maître et encore du sien. À ce titre, elle n’est pas nouvelle alors qu’elle vient de naître. Elle n’est pas isolée quand elle œuvre parmi tant d’autres. Elle est cependant unique par ce qu’elle conserve, transmet et recherche avec intransigeance.