Stage Ringenkaï Aïkido 15/10

DSC_2520Nguyen Thanh Thien au Unjo An, Corrèze, photographie de Nguyen Thanh Khiet © 2017

Le stage de rentrée posera les bases de l’étude de cette saison. Nous travaillerons le passage de l’immobilité à la mobilité, sans perte d’exigence dans la rigueur technique. Une pratique irrégulière ne donne pas de fruit : elle est un frein à la progression des autres, elle est une perte de temps pour chacun. Une pratique régulière est la condition suivie par tous les maîtres, d’hier comme d’aujourd’hui.

Apportez vos jo, bokken et tanken.

Date : 17 septembre 2017
Horaire : 15h30-19h30
Lieu : COSEC 29 rue des 2 piliers
95350 Saint-Brice-sous-Forêt
Page du dojo

Bulletin d’inscription ci-dessous (obligatoire), au moins 48h avant.

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Le plus beau est encore à venir

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 3e partie

Noro Masamichi senseï a toujours dit que son art venait d’Ueshiba Moriheï senseï. Il dut le dire maintes fois et, maintes fois, il le répéta. La cause en était que cela n’était pas visible au premier ni au second regard.

Les maîtres voyagent sur la Voie des arts martiaux. Ils ne sont pas retenus par la nostalgie. Pour eux, le plus beau est encore à venir. Ils pressent le pas vers la destination, l’étape du jour, quand leurs élèves et leurs contemporains les questionnent : « Mais d’où viens-tu ? » Chacun regarde dans un sens différent, le maître visant à assurer son but, l’élève se rassurant sur l’origine.

Cette vidéo est remarquable par sa pédagogie. Ueshiba senseï commence par quelques mouvements sabre face au sabre, puis passe à l’éventail face au sabre. Ce glissement est significatif. Il dit le geste dans sa course à travers l’espace, l’énergie déployée sur une trajectoire qui fuse, la retenue de l’arme pour dévoiler l’intention qui perce. Puis, la confrontation s’efface et Ueshiba senseï se retrouve seul à tracer dans l’éther un chemin, à jeter dans le vent une pluie d’estocs et de coupes, un jaillissement de traits et de souffles, qui tous dessinent un art de la présence, de la réponse, de la respiration. Je comprends dans cet extrait l’explication de son parcours et la mise à plat de sa recherche. Il simplifie, il condense, il réduit à l’essentiel. Il épure.

« How do we develop ourselves and the great Universe through Aikido ? »

« Comment nous développer nous-mêmes et le grand Univers par l’Aïkido ? »

Si la forme est celle d’une question, le fond est celui d’un programme.  Je ne continuerai pas l’explicitation de cette démarche. Je voudrais juste pointer dans cette apostrophe la mise au clair d’une direction de recherche voulue par Ueshiba senseï. S’ensuit une série de mouvements qui préfigure une esquisse de combat, un presque-ballet, une danse des sabres sans sabre. À mon avis, la force de la proposition du maître repose sur le fait que ses gestes sont nourris par une connaissance profonde et véritable du sabre comme du combat. Le guerrier ne danse pas le sabre de la même manière que le danseur. Il préserve une vérité sans égale. Je vois ici comment Ueshiba senseï a inspiré Noro senseï, comment Ueshiba senseï a planté une graine dans la recherche de Noro senseï.

À y regarder de plus près, on perçoit un fonctionnement du corps différent. Je me souviens de Noro senseï répétant : « Il y a un mystère qui recouvre la manière dont la poussée traverse le corps depuis le pied jusqu’à la main. » Je vivais cette parole comme un sujet de thèse que je devais explorer ou, pour être précis, un sujet de praxis. Pour cela, il fallait travailler sur le corps, sur des capacités nouvelles de canalisation des poussées, des souffles, des intentions. Dans ce but, Ueshiba senseï avait mis au point toute une série de mouvements éducateurs qui sont autant de clés à la réalisation. Suganuma Morito senseï les a préservés lui aussi.

Longtemps, j’ai senti que ma technique ne répondait pas à l’invitation de Noro senseï d’aller plus en profondeur. Cependant, je ne pouvais me mentir sur mes capacités. Je n’étais pas encore parvenu à l’os ni à la moelle. Il fallut patienter pour que les taïso, exercices de transformation du corps, fassent leurs effets. En attendant, j’intégrais le vaste corpus technique de l’Aïkido selon la nomenclature de Noro senseï. Puis un jour, l’ouverture vers l’intériorisation des techniques commença. Cela vint par la patience, l’obstination, la persévérance, la foi dans les bons conseils du maître. L’art de Noro senseï s’ouvre pour celui ou celle qui suit le chemin avec perspicacité, unissant le yin au yang, sans rejet, sans aversion, accueillant le dissemblable pour ce qu’il possède qui pourrait nous grandir.

Lorsque la génération yin remplaça celle qui incarnait le yang, elle œuvra sur son propre plan, enrichissant la praxis malgré l’absence de son contraire. Si elle ne put s’appuyer sur une virtuosité qui unissait en une même chaîne d’anneaux les suwari wasa aux kata nage, les bokken dori aux henka wasa, elle continua néanmoins une recherche extrêmement riche, alignant les membres et les articulations au plus juste de l’emploi de l’énergie, sans forcer ni soumettre. Elle ne perdit pas son temps auprès de Noro senseï. Elle soutint le maître, elle l’accompagna dans ces dernières années. Elle mérite un juste respect.

Je n’ai pu que constater un divorce pour incompatibilité d’humeur entre les tenants du yin et du yang. Je crois fermement que la troisième étape à laquelle Noro senseï aurait voulu nous amener est celle de l’unité, de l’union entre les opposés. Je pense aussi qu’il n’a jamais quitté des yeux les évolutions de l’Aïkido. Je ressens profondément qu’il pensait œuvrer pour ses élèves et pour l’avenir de l’enseignement de son maître, au-delà de son dojo. Pour cette raison, je soutiens son successeur Noro Takeharu senseï. Au-delà de nos divergences de sensibilité et d’ambitions, je le perçois comme un point de convergence autour duquel les élèves de son père peuvent trouver à se réunir. Pour cette raison aussi et pour assurer la plus grande clarté dans ma démarche, j’ai créé une école indépendante du Kinomichi dont il est l’héritier selon le souhait de son père. Au-delà de ce périmètre, j’invite tous les pratiquants d’Aïkido à considérer l’œuvre d’un maître qui fut un de leurs chefs. Pour cette raison, mon dojo est ouvert à celles et ceux qui voudrait en savoir plus, goûter plus.

Les vidéos permettent aujourd’hui de voir les étapes de l’Aïkido de Ueshiba Moriheï senseï et elles pointent vers l’art de Noro Masamichhi senseï. Il suffit de bien examiner les traces qui nous sont parvenues de leur chemin respectif, de leur manière, du maître et du disciple.

La suite : La pratique et l’esprit

J’adresse mes remerciements à celles et ceux qui ont mis en ligne ces vidéos. Elles permettent un partage avec les personnes qui n’ont pas connu Noro senseï ou qui n’ont pas vécu telle ou telle période de son enseignement.

La volution en avant

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 2e partie

Pour comprendre Noro senseï, il faut comprendre ce qu’il a vu, entendu et vécu. Noro senseï débute l’étude de l’Aïkido en 1955. Il est envoyé en Europe et en Afrique en 1961, ayant été formé par son maître, au plus près de lui, lui servant de partenaire, de serviteur, de cuisinier. Pendant, son séjour hors Japon, il vécut de peu. Il lui fallait ouvrir rapidement des cours et des dojos. Son seul revenu venait de l’enseignement. Du fait du contrôle des sorties de capitaux, sa famille ne pouvait lui faire parvenir de l’argent. Faute de revenus suffisants, Noro senseï dut attendre presque 18 ans avant de pouvoir retourner au Japon auprès de son maître.

Arrivant au dojo, son maître vieillissant ne le reconnut pas tout de suite. Ueshiba Kishomaru senseï, le fils du maître, le présenta et enfin le maître reconnut son disciple de retour au pays. « À ce moment, nous racontait Noro senseï avec un plaisir évident, le maître s’est mis à danser sa joie devant tous dans le dojo. » La technique de son maître avait évolué. Il souriait au cœur même de la pratique. Pour Noro senseï, il était clair que son maître avait continué son chemin, plus avant sur la Voie, affinant sa manière. Nous pouvons saisir le contraste entre ces périodes dans les courts métrages suivants :

Cette vidéo nous montre la pratique d’avant-guerre, en 1935. Noro senseï pouvait rencontrer ces élèves d’avant-guerre au dojo de son maître et connaissait cette forme de pratique. En 1955, Shirata Rinjiro senseï continuait de pratiquer avec Ueshiba Morihei senseï et Noro senseï pouvait pratiquer avec lui.

Dans cette seconde vidéo de 1954, la pratique a évolué. Pour autant, pouvons-nous dire que le chemin a changé quand on avance dessus ? Je me demande si une partie de l’incompréhension entourant l’Aïkido et particulièrement de Noro senseï ne vient pas du fait qu’on considère l’Aïkido comme une technique et non comme un art, comme un système de combat et non comme une Voie au sens oriental, un chemin et une manière tout à la fois ? Reproche-t-on à un artiste d’évoluer, à un chemin d’aborder de nouveaux paysages ? Celui qui avance ne trahit pas son départ. Tout le sens de l’aventure est d’arriver sachant d’où l’on vient. J’aime à me représenter la seconde rencontre de Noro senseï avec son maître après 18 ans en exil. Le leçon dut être formidable, le choc immense de voir le guerrier sourire, de sentir la courbe se déployer.

À son retour parmi ses élèves, il entra dans une période d’évolution, intégrant cette leçon nouvelle. Je pense qu’il faut penser comme Noro senseï si on désire le comprendre réellement. Nous vivions dans un monde où il fallait tourner la page pour connaître la suite de l’histoire. Dans l’univers asiatique, voire chinois, il faut au lecteur dérouler le parchemin pour continuer la lecture. Il s’ensuit deux possibilité : l’accès en mode discret et l’abord en mode continu. Pour Noro senseï, il y avait une continuité entre le yang et le yin. Ce qu’il présenta à ces élèves par la suite fut compris en mode discret, comme une rupture, une trahison avec ce que lui-même leur avait montré. Je pense que de cette incompréhension est né le divorce d’une génération de pratiquants avec leur maître. Ils le quittèrent. Sortant du bain chaud, ils ne supportèrent pas de plonger dans le bassin d’eau froide. Pour être honnête, la compréhension de la Voie comme unificatrice des contraires, de la continuité entre les opposés, de la proximité même des extrêmes, devait constituer une leçon dure à vivre, à expérimenter, à avaler pour l’élève occidental.

Je suis arrivé à l’enseignement de Noro senseï en 1980. Il y avait encore d’excellents pratiquants, des techniciens hors pair. Les mouvements étaient vifs, amples, électriques. L’art n’avait rien perdu de sa vigueur. Daniel Martin senseï* était du nombre, qui peut témoigner de la force de la pratique à cette période. Mon ancien professeur était sur le tatami et, à eux deux, ils formaient la paire d’élèves avancés de Noro senseï. J’ai été ébloui par la force et la grâce, la puissance et la délicatesse de cette pratique. L’union des contraires dura 2-3 ans. Le mariage des opposés fut de courte durée mais il laissa en moi une impression indélébile, une empreinte qui toucha au cœur.

Puis, un jour, je m’éveillais à une pratique toute de douceur qui révéla un goût doucereux, fade, sans aspérités. Les grands sempaï étaient partis; le yang avait pris le large, le yin prenait possession du dojo. Adieu l’harmonie, bonjour tristesse. Noro senseï avait mis 20 ans pour former une génération unique, experte en technique, forte d’une ardeur à l’engagement et pourtant si fine dans la précision des poussées et les équilibres. Il regarda partir une génération. Il faut imaginer ce que représente pour un enseignant le départ d’un bon élève, d’un fruit arrivé à maturité, d’un pratiquant éveillé à l’art du maître. Maintenant, ressentons ce que fut un départ groupé. C’est ainsi que je vois le passage d’une époque que j’ai vécue radieuse.

Ce qui vint ensuite fut le ravissement d’une génération yin, fière de ses manières, de ses raffinements, de ses élégances. Elle avait raison. Le printemps et l’été sont doux au corps et à l’esprit. Toutefois, l’hiver vient et l’art martial doit nous y préparer. Si le yang fut un excès, le yin ne le fut pas moins. Si la dureté pouvait briser le pratiquant, la douceur pouvait tout autant le débiliter.

La possibilité d’harmonie fut perdue et ne resta qu’un nouvel extrême. À ces élèves  yin, Noro senseï prouva sa fidélité. Cependant, ces derniers furent incapables de faire ce que le yang avant eux n’avait su accomplir. Ils ne surent progresser à l’encontre d’eux-mêmes, épousant leur contraire. La Voie d’harmonie désirée par Noro senseï n’advint pas, faute de désir partagé. Ces élèves restèrent élèves et n’osèrent s’élever à la vision du maître. Il est difficile de leur en faire reproche tant l’ambition est extrême, mais je le déplore.

Il n’empêche, je remercie ma chance ou mon destin d’avoir vécu un temps où le lion et l’agneau partageaient le même tatami, où ils habitaient chacun une alcôve dans l’atelier de chacun. Cette vision, qui fut mienne au moment où je vis Noro senseï une première fois le 21 mars 1980, continue d’être le sens de ma recherche, celle de mes élèves, celle de mon école.

Je désire une continuité avec l’œuvre de Noro senseï comme cette dernière fut continue à celle d’Ueshiba Morihei senseï. Mon désir, au sens fort du terme, est de n’être ni évolution, ni révolution, ni involution mais juste une volution à la suite de mes maîtres.

À regarder ces dernières images, on comprend que l’art d’Ueshiba Moriheï senseï continue à défier notre compréhension. L’Aïkido reste et demeure une étude, la seule posture digne devant notre ignorance.

J’adresse mes remerciements à celles et ceux qui ont mis en ligne ces vidéos. Elles permettent un partage avec les personnes qui n’ont pas connu Noro senseï ou qui n’ont pas vécu telle ou telle période de son enseignement.

La suite : Le plus beau est encore à venir

*Daniel Martin senseï a eu comme maîtres : Noro Masamichi senseï, Tamura Nobuyoshi senseï, Saïto Morihito senseï, Tomita Takeji senseï.

Mieux comprendre son maître

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 1ère partie

Ceci est l’Aïkido que Noro Masamichi senseï connut à ses débuts et qui l’enthousiasma au point qu’il y consacra sa vie. Au moment de ce film, il était depuis plus d’un an uchi deshi, élève interne, du fondateur de l’Aïkido, Ueshiba Morihei senseï.

Pour ce second film, nous le voyons déployer un Aïkido flamboyant, apte à ravir les élèves anglais parmi lesquels Henry Ellis, adepte d’une forme dure et dynamique. Déjà, nous le voyons évoluer aux contact de ses élèves européens et se faire une place unique. Les Anglais le nommèrent la « Tornade blanche ».

Pour ce troisième film, Noro Masamichi senseï se fait pédagogue. Il insiste sur le travail du hara, du ventre énergétique. Il démontre des postures fortes et basses. Ses déplacements sont encore très japonais et on peut y voir un ashi waza partagé avec l’école d’étiquette Ogasawara.

Le quatrième court métrage avec Daniel Toutain nous révèle une prise de conscience de la beauté de l’Aïkido, de la grâce qui s’en dégage. Noro senseï comprend qu’il peut émouvoir le public de ses élèves comme lui-même fut ému devant la première vision de son maître. La force dynamique n’a pas encore été sacrifiée.

Ce cinquième court métrage avec la garde de « nouveaux anciens élèves » est à mon sens extraordinaire. Il montre une coupure avec l’avant au point de mettre mal à l’aise ses anciens élèves qui ne reconnaissent plus la forme et l’énergie de leur maître. Pareillement, ses nouveaux élèves se montrèrent allergiques à l’ancien Noro, celui qui fut nommé la « Tornade blanche ».

Il est dans la norme que le maître ne soit pas compris par ses élèves. Il est évident que le disciple doit encore parcourir un grand chemin pour saisir l’esprit de son maître. Le public étranger à cet art exotique ne perçoit pas facilement la logique du cheminement de ce maître. D’ailleurs, les pratiquants d’Aïkido eux-mêmes sont perplexes devant cette évolution. Pour ma part, j’ai toujours été tenté par la compréhension. Je crois à l’unité de sa démarche, à la fidélité à l’enseignement reçu. Noro senseï a évolué librement, souvent malgré ses élèves, à la marge de la communauté des experts japonais d’Aïkido dont il fut pourtant un des chefs.

Aujourd’hui, je me suis décidé à tenter une explication, au moins un examen de cette aventure qui mena Noro senseï de disciple servant du fondateur de l’Aïkido à Représentant en Chef pour l’Europe et l’Afrique, du maître adulé au maître oublié, d’une pratique flamboyante et rugueuse à une manière de danse d’énergie ondulante nourrie de sourires. L’exercice est malaisé, semé d’embûches, et pourtant si nécessaire à moins de s’aveugler sur les contradictions qui traversèrent la vie du maître. Toutefois, je rappelle que le maître doit garder son secret, il n’est pas bon de l’exposer au regard voyeur de ceux qui sont prêts à rire sans comprendre. Je souhaite rendre hommage à un parcours que je crois profondément logique, fidèle à lui-même, pleins de passions, de trahisons et de soutiens indéfectibles.

Ce que je pose comme première constatation est que Noro senseï fut libre au point de se retrouver parfois seul, n’ayant en tête que son devoir de transmettre l’art de l’Aïkido, fidèlement à ce qu’il avait vécu avec son maître.

D’ailleurs, qui vécut comme lui le rôle de disciple servant, Otomo ? Qui d’autre que lui ? Que nous a-t-il transmis sinon sa vision d’Otomo ? N’est-il pas inévitable que nombre de ses admirateurs, de ses contradicteurs et de ses élèves ne puissent accepter ce qu’il leur dévoila ? Pour Noro senseï, n’y a-t-il pas un seul plan, filmé en continu, qui va de sa 1ère rencontre jusqu’au moment où ses yeux se fermèrent une dernière fois ? N’est-ce pas l’ignorant, qui, par manque d’imagination, découpe en plans multiples ce qui, pour Noro senseï, ne fut qu’une passionnante aventure vécue comme un rêve continu ?

Si ce projet de relecture m’intéresse, c’est parce que je cherche la Voie du Milieu qui unit et dépasse les oppositions. Mon étude, mon école, mon enseignement sont fondés sur le sentiment que Noro senseï nous a quitté avant d’avoir réalisé l’œuvre à laquelle il aspirait. Malade, il n’a pu guider ses élèves vers un effort de synthèse où les tempéraments « yang » se seraient entendus avec les esprits « yin ». La synthèse vers laquelle je tends ne renonce ni à la force ni à la souplesse, ni à la confrontation ni à l’apaisement. Par ce travail sur son parcours, je souhaite que le lecteur prenne la mesure d’un maître hors norme, Noro Masamichi senseï.

J’adresse mes remerciements à celles et ceux qui ont mis en ligne ces vidéos. Elles permettent un partage avec les personnes qui n’ont pas connu Noro senseï ou qui n’ont pas vécu telle ou telle période de son enseignement.

Suite : La volution en avant

Do contre jo, jo avec do

Dans « dojo », il y a une contradiction qu’il faut dépasser, do voie et jo maison, entre manière éphémère d’un maître et style persistant d’une école. Il se crée alors une dialecte féconde entre ces opposés, un dépassement incessant devant la limite, un retour sans fin vers l’origine.

Uke no Kata

Ceci est un aide-mémoire. Le Ringenkaï Aïkido est en cours de création. Nous vivons une période unique dans l’histoire de notre art. J’ai connu ces phases de bouillonnement créatif avec différents maîtres et cela a toujours été des moments uniques, formidables, pleins de découvertes, continuellement. Ces formes sont éphémères car elles sont autant de réponses à une question sans cesse répétée. Cependant, toutes changeantes qu’elles puissent être, elles sont la vérité d’un instant.

Rendez-vous avec des hommes d’exception

DSC_1840 - Copie (4)Nguyen Thanh Thien étudie le Iaï de Noro Masamichi senseï. Photographie de Nguyen Thanh Khiet ©2017

Nous reprenons l’étude du Iaï de Noro Masamichi senseï, chaque dernier jeudi et vendredi du mois, respectivement à Saint-Brice et à Vincennes. Prenez vos Iaïto, sabres d’exercice, et vos bokkens ce soir-là.

Ces techniques ont une histoire singulière.

Lorsque Noro senseï est arrivé en France, en 1961, il est un pionnier. À sa suite, il accueillera Tamura senseï et Nakazono senseï. Il soutiendra Asaï senseï qui s’établit en Allemagne et conseillera Sugano senseï. Il se faisait un devoir d’être un pilier de la communauté japonaise à Paris, recevant les experts japonais et leur faisant découvrir Paris. De ces rencontres et des échanges entre experts et maîtres, il a gardé des traces dans son enseignement. Il me parla parfois de ce qu’il apporta à l’Aïkido de Mochizuki senseï et ce que lui montra celui-ci en retour sur l’art du sabre, notamment sur le Iaï du Katori Shinto Ryu. Il reçut aussi des techniques d’autres écoles de sabre. Il disait : « Mon ami m’a montré ceci. » J’aime savoir que lorsque j’étudie de le sabre de Noro senseï, je visite les vestiges d’une amitié.

Il savait aussi choisir son chemin. D’un autre maître qui avait coupé en 2 une allumette dans le sens de la longueur, avec une grande rapidité et une extrême précision, il s’étonnait : « Mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait en utilisant le ki ?!!! »

Parlant d’un autre expert, il racontait que son école ancienne gardait la chambre de l’empereur. Les pratiquants de ce style pouvait passer une nuit sans bouger de la position assise et dégainer en une fraction de seconde. Il ne nous charmait pas avec une anecdote, il transmettait un état d’esprit, le lien étroit entre deux opposés, immobilité et mobilité.

Une fois par mois, prenons rendez-vous avec des hommes d’exception.

Stage Ringenkaï Aïkido 17/09

DSC_2520Nguyen Thanh Thien au Unjo An, Corrèze, photographie de Nguyen Thanh Khiet © 2017

Le stage de rentrée posera les bases de l’étude de cette saison. Nous travaillerons le passage de l’immobilité à la mobilité, sans perte d’exigence dans la rigueur technique. Une pratique irrégulière ne donne pas de fruit : elle est un frein à la progression des autres, elle est une perte de temps pour chacun. Une pratique régulière est la condition suivie par tous les maîtres, d’hier comme d’aujourd’hui.

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Date : 17 septembre 2017
Horaire : 15h30-19h30
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95350 Saint-Brice-sous-Forêt
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Outrepassant la borne sans jamais quitter le milieu

ecorce_2017.02.23Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2017

Nous étudions l’exemple des maîtres car ces derniers enseignaient par l’exemple. Ils donnaient à voir, ensuite il revenait à l’élève de percevoir. Cette manière ancienne est nôtre. Elle est rugueuse comme peut l’être l’écorce d’un vieil arbre, d’une antique tradition. Si la technique est lisse, le chemin qui mène à sa maîtrise est semé d’embûches, d’âpres combats, de blessures innombrables faites avant tout à l’égo. Cependant, l’élève en examinant son maître comprend que la méthode est sure, qu’elle a forgé une chaîne de maîtrise qui nous est parvenue, passant les siècles et leurs guerres. Lire la suite

Le jeu des contraires

2017_5090.DLNguyen Thanh Thien au Gala des Arts martiaux de Saint-Brice, photographie de Didier Lidouren © 2017

Dans notre école d’Aïkido, le Ringenkaï, nous préservons notre équilibre. Chacun demeure fort et, pourtant, il y a un mouvement de l’un appliqué à l’autre. A l’image du Ki, le souffle qui parcourt les tableaux chinois et la calligraphie extrême orientale, l’énergie de chacun se manifeste au moment juste, opportun, sans contrarier l’autre, sans être en retour contrariée. Nous appelons cela le jeu des contraires, quand les contraires jouent de leur polarité.

Nous suivons l’exemple de nos maîtres, qui dirigeaient sans dominer, qui suivaient sans se soumettre. A chaque instant, que l’on soit « puissant ou faible », une ardeur au combat est présente, une joie à dénouer les conflits s’exprime.