Mon opinion

Enseigner les arts martiaux aux enfants a toujours été pour moi un enjeu essentiel. Lorsque je suis arrivé en France en 1970, quittant le Vietnam embourbé dans une guerre de 30 ans, le dojo a représenté pour moi à la fois un espace de nostalgie où l’on préservait les belles manières d’antan, celles des chevaliers justiciers des épopées annamites qui tissaient mes rêves de leurs prouesses, et, dans le même temps, un aiguisement de mes capacités d’action dans un monde qui se révélait étranger à ma compréhension.

La question était de savoir me tenir droit dans une société où une courbette n’était plus signe de respect mais de servilité. Elle était aussi de pouvoir avancer parmi mes camarades et d’améliorer mon pouvoir d’agir.

Le dojo m’a aidé à maintenir ma dignité et à vivre mon bon vouloir. Aujourd’hui, dans un monde où l’homme a poussé les machines à tout faire mieux que lui, il devient essentiel de montrer aux enfants que le monde de demain peut encore être façonné par leurs capacités et selon leurs rêves. Pour cela, ils doivent découvrir en quoi ils peuvent agir et rêver leur vie. Cela commence par la maîtrise du corps, de leurs émotions et de leur capacité de projection. Aller au devant de l’adversaire, entrer dans la situation fut-elle conflictuelle, savoir s’y repérer et se diriger, choisir la manière de sortir du conflit et le faire ensemble, sont autant d’axes de recherche qui font le cœur de la Voie noble des Arts martiaux. Alors, dans le dojo, l’enfant descend, tombe et se relève. Il va au-devant de l’autre, le saisit, il immobilise, projette ou se fait immobiliser. Il choisit entre la sortie haute ou basse. Il agit ensemble. Il rend la maîtrise actuelle, il en fait son actualité.

Pour nos enfants, l’enjeu est que ce monde reste le leur, qu’ils n’aliènent pas leur corps et leur esprit, qu’ils ne renoncent pas devant l’emprise d’un algorithme ou d’un robot totipotent. Leur corps est le dépositaire de toutes leurs volontés d’action et il leur faut en développer une conscience aigüe.

Il est temps que nos rêves nous reviennent.

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