Aïkido

ueshiba_morihei_ikkyoUeshiba Morihei senseï exécutant Ikkyo

L’aïkido (合気道, aikidō) est un art martial japonais (budo), fondé par Morihei Ueshiba O sensei entre 1925 et 1969. Il a été créé à partir de l’expérience que son fondateur avait de l’enseignement des koryu (écoles d’arts martiaux anciennes), essentiellement l’aikijutsu de l’école daitō ryū et le kenjutsu (art du sabre japonais). Lire plus sur Wikipedia.

Quand vous pénétrez un dojo, l’important est de vous exercer, de partager l’effort avec vos compagnons d’étude et d’avancer ensemble sous la direction d’un senseï. Cette expérience opère au mieux dans le dojo, selon des règles communes, grâce à l’énergie que chacun déploie. L’Aïkido est avant tout une expérience à vivre. Elle ne peut être déléguée à un autre ; elle n’est jamais que la vôtre malgré les conditions de partage que suppose l’étude à deux, en commun avec tous les membres du dojo.

L’expérience qui fut la mienne prend sa source un après-midi des années 70, alors qu’enfant, je traînais à la fin d’un cours de Judo, ayant épuisé les possibilités de m’amuser dans les vestiaires. Sortant avec beaucoup de retard, je tombais sur le cours d’Aïkido des adolescents et des adultes. Je m’immobilisais en voyant un pratiquant voler à travers le dojo sur un retournement de poignet. Au Judo, j’enroulais mon adversaire sur mon dos ou autour de mon épaule pour le projeter au sol, le mouvement d’Aïkido fondait le déséquilibre sur une rotation d’une partie d’uke, l’adversaire, autour un axe non tangible, le lançant sur la trajectoire de cet axe impalpable. Je comprenais immédiatement que j’avais affaire à autre chose. A cet instant, je me suis promis :

Je ferai ça quand je serais grand.

Bien sûr, j’oubliais cet engagement dès que je retrouvais mes camarades à l’extérieur, courant vers de nouvelles aventures.

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Nguyen Thanh Thien senseï et Christine Nguyen. Antonin Borgeaud © 2006

Je pratiquais depuis quelques années l’art de Noro Masamichi senseï quand je me rappelais un jour cet après-midi lointain et ma parole d’enfant. Pour moi, l’Aïkido est la réalisation d’une parole que je me suis donnée et que j’ai tenue malgré les nuées de l’oubli qui cachent le chemin au-devant de nos pas.

Le Ringenkaï Aïkido existe parce que j’ai tenu parole.

Mai 2016, pour ma révision annuelle,  je vais chez l’ostéopathe qui m’annonce que cette année encore, je n’ai rien : « Tout est équilibré. » Je lui demande confirmation : « Le haut et le bas, l’avant et l’arrière, la droite et la gauche ? » « Oui, juste un léger avancement du ménisque. Un rien. » Ceci est un des objectifs de l’Aïkido comme me l’a enseigné Noro Masamichi senseï :

Chaque matin, au tout début du cours, Ueshiba Moriheï senseï effectuait Irimi Nage pour équilibrer son énergie.

Cela fait 5 ans que ma pratique parvient à cet équilibre. Le Ringenkaï Aïkido porte cette exigence en son cœur car je pense qu’un corps sain est une condition pour que l’esprit le soit : mens sana in corpore sano.

Noro Masamichi senseï enseignait par des histoires aussi. A l’époque où il était élève interne du fondateur de l’Aïkido, voire son otomo (disciple-servant), il arrivait qu’il y eut des rivalités d’écoles, des conflits avec certains voisinages, des rapports de force avec d’autres groupes. Des élèves pouvaient être mêlés à des bagarres. On parle souvent d’enseignement oral mais quand le maître raconte pour la énième fois la même scène, l’élève assoupi pense qu’il radote. Personnellement, je n’ai jamais envisagé cela. A chaque fois, un élément de la même histoire délivrait un enseignement particulier qui correspondait au moment de la leçon. Il me revenait de lier cet élément avec l’aspect de la leçon que mon maître désirait éclairer. Voilée par la fadeur de la répétition, la leçon attendait la perspicacité de mon attention. Ainsi donc, Noro senseï reprend son histoire et nous raconte comment son maître grondait l’élève qui avait désobéi et s’était bagarré en faisant usage de l’Aïkido. Première question :

As-tu gagné ?

Puis venait ensuite le sermon sur l’usage inapproprié de la violence, le karma, la bienveillance, etc. Si jamais l’élève avait perdu le combat,  le maître entrait alors dans une colère noire. Cette histoire dit le lien entre le martial et le spirituel propre à l’Aïkido. Pour saisir la portée de l’Aïkido, noble art japonais – ce sont les mots par lesquels Noro senseï introduisit l’Aïkido en Europe au début des années 60 – , il faut suivre l’enseignement au plus près de sa source.

Le Ringenkaï Aïkido préserve les leçons du dojo, ces moments où j’ai recueilli les gestes et les paroles, l’attitude et l’esprit de mon maître.

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