Ceci est un dojo

DSCF0207Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2017

Un jour, Noro Masamichi senseï se posait la question de savoir d’où vient l’énergie. Mon maître avait été le disciple proche d’Ueshiba Moriheï senseï. Il avait eu de quoi observer son propre maître, l’interroger, vivre directement ses mouvements et se faire une idée de l’énergie et de la manière de la mouvoir. Cependant, toute sa vie, il continua de questionner, de chercher à comprendre, à atteindre le niveau de son mentor pour le rejoindre.

De sa génération, il avait été le premier d’entre tous, celui qu’Ueshiba Moriheï senseï avait choisi pour partenaire, son uke, celui qui recevait ses mouvements, qui permettait d’illustrer au mieux ce qu’était l’Aïkido du fondateur. Noro Masamichi senseï fut envoyé en Occident avec le titre de Responsable Europe et Afrique, le plaçant au-dessus des représentants nationaux, au-dessus des autres experts envoyés par le Hombu dojo, le dojo central au Japon. Cette position lui valut de nombreuses inimitiés. Elle contribua plus tard à son retrait du devant de la scène. Cependant, l’excellence de son art restait une référence parmi les maîtres experts, parmi ses anciens condisciples du dojo d’Ueshiba Moriheï senseï.

Noro Masamichi senseï cherchait sans cesse. C’était un trait de son caractère. Un jour  qu’il marchait en forêt, il posa son regard sur un arbre devant lui puis s’inclina pour la leçon que le végétal venait de lui prodiguer. Il venait de comprendre comment circulait l’énergie dans l’arbre qui lui faisait face. Un court instant, l’espace ouvert devant lui était devenu un dojo, un lieu d’étude et de recherche, et un senseï, la voix de son maître.

Je me souviens que Noro senseï était sensible à la présence de la leçon en toute chose, à l’instance de l’esprit. La photographie qui illustre l’article montre à la fois l’automne avec son tapis de feuilles et l’hiver avec sa cape de gel. Quand j’allais au dojo de mon maître, ce que je percevais était de cet ordre. Lorsque Noro Masamichi senseï montrait un mouvement, je voyais à la fois une chair dans son automne et des os dans leur hiver. Je voyais sa technique comme étant autant corps qu’esprit, geste vers le haut qu’expression d’un principe, appui vers le sol que trace de la Voie.

Aujourd’hui, ces leçons continuent leur chemin dans mon dojo, dans les techniques du Ringenkaï. Elles sont lieu du corps et temps de l’esprit, les deux à la fois, les deux dans le geste.

Je retourne chaque jour sous les arbres interroger le lieu d’où est produit l’énergie.  Je réitère la question de mon maître. Je dis ainsi ma fidélité à l’exemple des maîtres, du mien.

Et le jour suivant, je reviens vers la forêt.

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