Mendier avec un bol en or

DSCF7388La leçon comme le dojo est le lieu d’infinis progrès, Unjo An, Corrèze, photographie de Nguyen Thanh Thien © 2016

Régulièrement, venant de l’internet des arts martiaux ou aussi de discussions d’après cours, j’ai entendu et j’entends des plaintes.

  • L’enseignement a chuté.
  • Nous ne sommes plus pragmatiques.
  • Nous étions plus spirituels.
  • Les maîtres ne sont pas remplacés.

La liste est longue de ces murmures insatisfaits. L’insatisfaction est bien le ressort de notre société de consommation qui nous pousse à envier ce que nous n’avons plus ou pas encore. Elle est un des ingrédients du marché, fut-il des arts martiaux. La parole suivante vient rapidement : « Voici la solution, it’s meeee! » Il s’agit bien alors d’une stratégie de marketing.

Mes enseignants ont toujours été généreux. Quand ils ne le furent plus, je partais. Quand ils le furent jusqu’au bout, je restais. Je me souviens de Noro Masamichi senseï et j’entendais dire à son encontre qu’il n’enseignait plus. Je n’ai jamais adhéré à cette idée, moi qui ai suivi son enseignement sur plus de 30 ans.

Il me suffit de reprendre l’étude des bases et des mouvements complexes, les unes éclairant les autres, les seconds dévoilant les premières d’une lumière neuve. Je pratique aujourd’hui les 6 premières manières selon la forme, en parcourant le souffle ou en posant d’entrée l’intention. Je les appuie sur la posture, sur l’orientation du koshi ou sur la mobilisation du hara. J’œuvre sur l’unité des poussées, sur la conduite d’uke ou sur l’appui du vide. Les 6 premières manières sont simples une fois que nous les avons mémorisées mais une vie ne peut épuiser leurs variations. Il faut voir dans la leçon du maître tous les contenus, sans fin.

Je comprends le conte d’Achille et de la tortue ainsi : même si la limite à nos actions est insurmontable et qu’elle recule à mesure qu’on avance, elle ne limite en rien ma capacité de progression car à chaque intervalle, je progresse d’un demi-intervalle. Je comprends aussi que ma progression est de l’ordre de l’harmonique : 1/2, 1/4, 1/8, 1/32, 1/64, etc. Autrement dit, à chaque pas, je change de dimension et je m’avance vers un autre infini qui ne m’invite plus à l’accumulation de connaissances mais au discernement des connaissances, la partie du détail, la particule de la partie, la nanoparticule de la particule.

Si je perçois l’infini que recèle une base, alors je comprends le don de la leçon. J’entrevois qu’un infini m’attend dans l’étude et je me dépêche d’aller au cours, laissant la plainte à ceux qui ne savent voir.

La manière, le do 道, est sans limite. Ma gratitude et mon étude lui répondent.

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