Le dojo, un lieu réel

Jardin japonais Albert KahnPhotographie d’Antonin Borgeaud © 2008

Devant un écrit ou une parole, la compréhension est alignée sur la qualité du lecteur ou de l’auditeur. Dans le dojo, le pratiquant se mesure à son partenaire ou son adversaire. Il se mesure à ce qu’il n’est pas ; il est amené à dépasser la limite de ce qu’il est et de ce qu’il comprend ; il est poussé vers l’autre.

Le pratiquant dans son dojo est face à autre chose qu’un écran qui ne le renvoie qu’à lui-même, Narcisse des temps modernes. Au dojo, il est dans le lieu du réel, dans la Temple de l’Exemple.

Face aux sempaï, les Anciens, et face au senseï, le maître ou celui-qui-est-né-avant, le nouvel élève peut se projeter sur l’axe du temps, sur la route de ses progrès, sur un chemin d’embûches. En observant ses aînés, il tombe ses préjugés et ses certitudes pour une mise en abîme de ce qu’il doit accomplir.

Il est confronté à l’exemple, à ce qui vit dans la pratique de ses aînés, à ce qui reprend vie dans l’art du senseï.

Souvent, je dois faire le ménage chez l’élève qui me dit « J’ai lu… », « J’ai vu sur une vidéo… », « J’ai entendu dans une interview… » La leçon se donne à voir dans l’exemple du senseï et pourtant, cela ne suffit plus. Nous sommes devenus des Barbies. Je m’explique : avant, les poupées devaient ressembler aux humains puis l’exigence de ressemblance s’est inversée. Aujourd’hui, nous aimons à nous transformer en Barbie ou en GI Jo, et plus encore en Robots Transformeurs. De même, l’enseignant et l’élève d’art martial ont une tendance à singer les héros de jeux vidéos, de mangas ou de cinéma.

Revenons au dojo et à ceux qui le vivent. On y trouve l’exemple à suivre :

Je m’établis dans le réel.

Je n’ai pas écrit « Je m’établis dans la réalité » qui est un nouveau fantasme, celui de la rue, de son chaos et de sa violence. Le dojo est le lieu de la leçon réelle car on peut y observer l’exemple du senseï au-delà des discours et des poses convenues. Le dojo est un espace de mise en actes, où parler ne suffit plus, où l’acte est dérivé directement des principes de l’école.

Je ne vois pas la rue comme lieu de violence. Ayant vécu au Vietnam au temps de la guerre, j’avais intégré que le retour de l’école pouvait se révéler dangereux, réellement. Quand en 1970, j’ai marché dans les rues de France, je me suis senti en paix. Pourtant, j’habitais ce qui est nommé aujourd’hui un quartier chaud. Le Dojo de Sarcelles m’était apparu comme un lieu où l’on s’empoignait et, dans le réel de la confrontation, chacun ressortait meilleur de la rencontre avec son adversaire. J’y ai d’ailleurs découvert le geste vrai de l’Aïkido. J’avais 10 ans, nous étions en 1972.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s