A l’ombre de mon chêne

DSCN8464Chêne. Nguyen Thanh Thien © 2016

Notre école est nommée d’après la roue et l’oeil, respectivement rin et gen en japonais.

De la roue, nous pouvons dire qu’elle a pour vocation d’avancer en ordre. De l’oeil, on peut énoncer qu’elle perçoit sans obstacle, qu’elle refuse l’écran et le voile.

Prenons Ikkyo, la technique de base par excellence. Je l’ai emprunté à mon maître. Dans un mouvement circulaire, je l’applique à mon partenaire. Ce faisant, je perçois dans le geste mon maître qui le tenait du sien. Dans ce geste que je partage avec Uke, sont convoqués Noro Masamichi senseï et Ueshiba Moriheï senseï.

Il peut paraître étrange, voire bizarre, de situer mon action par rapport à ces maîtres. Certains proclament un pied flottant, une hanche flottante, une main ipomée, une saisie de chèvrefeuille. Chacun y va de son principe sans égal, inouï, révélé car secret. Moi, je suis un Oriental et je nomme ma source, mon maître, mes maîtres. Oui, c’est vieux jeu. Oui, c’est has been. Mais je persiste et je signe.

Je ne fais pas offre de méthode ni de procédé. Je transmets une tradition en nommant le maillon précédent, c’est suffisant. J’y adjoins ma compréhension et mes capacités tant physiques que techniques. J’incorpore un parcours et tant de rencontres. Mais par-dessus tout, je transfère aux suivants ce que les Anciens m’ont légué.

J’ai hérité en pratiquant, autrement dit en interrogeant par la pratique, par le corps mais pas seulement le corps. Cela ne vaut pas un titre de propriété mais bien un titre de transport. Je suis celui qui porte la leçon de mon maître. Le temps de ce trajet, je suis senseï à mon tour, pleinement et régulièrement.

Je n’ai pas à emprunter à d’autres écoles ni à d’autres héritages. La fonction de transfert dit la grandeur de la tâche. La Ringenkaï soutient à la fois l’héritier de Noro Masamichi senseï, et à la fois, elle est totalement légitime à porter cet enseignement plus loin, enrichi de mes connaissances. Ensemble avec lui, nous formons les générations qui suivent.

Le chêne est par sa propre force, entre Terre et Ciel ; il n’a nul besoin d’une greffe.

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