La montagne comme rivière

Le projet du Ringenkaï Aïkido est résumé par les symboles dont il se pare : la roue et l’oeil.

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Ringen

De la roue, elle reprend les principes qui suivent :

  • le point d’appui actuel prépare celui qui vient
  • le voyage nous pousse vers ce qui nous est le plus opposé
  • l’opposé extrême est paradoxalement celui qui nous est le plus proche
  • il n’est pas une partie du cercle qui ne concoure à sa révolution
  • la résilience de la roue tient à une extension continue et soutenue

La roue vit et même immobile, elle est toujours prête au mouvement, sans délai.

J’ai gardé de la Guerre du Vietnam et de l’esprit des Vietnamiens un sens certain de l’indépendance ainsi que la compréhension que s’il faut révérer les Ancêtres, il ne faut jamais s’arrêter à leurs conclusions. C’est le sens même de la Voie.

Les questionnements de Noro Masamichi senseï ont été pour moi un immense présent que j’ai pris le temps d’intégrer à travers 35 ans de pratique. Toutefois, je tiens à les reformuler jusqu’à les questionner à mon tour. La pratique est étude et l’étude est question. Cela, tous les maîtres l’ont appliqué chacun en leur temps.

L’œil interroge au présent le vivant, il est au cœur de ma recherche.

Concrètement, la technique va du salut au salut. Elle est connaissance de l’autre et sa reconnaissance. Elle ne se termine pas au sol, par l’ukemi, roulade, ou le gatame, immobilisation. La technique est terminée quand les deux sont debout, face à face. Il n’y a pas de défaite, ni de domination, de chute ou de revanche. La roue descend et monte d’un même mouvement, ainsi je travaille l’ukemi, préservant la force de la descente pour remonter d’un même élan. Je visualise à ce moment le nageur du conte taoïste qui se fond dans les eaux blanches pour mieux surnager. Pareillement, je coupe, je fends et je projette comme une chute d’eau, sans cessation, sans stagnation.

Jardin japonais Albert KahnNguyen senseï. Photographie d’Antonin Borgeaud © 2008

Mon partenaire s’étonnait que je sois si léger sur le Koshi Nage. Je luis répondis que je liais mon énergie à la sienne, poussant dans sa poussée. Noro Masamichi senseï écoutait. Il se leva et interrompit la classe pour expliquer Ki Awase, s’unir à l’énergie.

Il n’a jamais été dans l’intention des maîtres que leurs élèves poussent la révérence au point de n’oser avancer d’un pas. Parfois une impertinence mesurée est la plus grande marque de respect. Il faut considérer l’enseignement reçu comme un effort surhumain pour dépasser son ignorance. Se dépasser et dépasser sont un devoir. Mon école est attachée à cette manière de voir car tel est l’exemple de tous les maîtres.

A toujours se rapprocher de la roue, on finit par voir au-delà.

DSCN7769Peña Montañesa, Pyrénées Aragonaises. Photographies de Nguyen Thanh Thien © 2010

Regarder l’adversaire comme une montagne. Regardez cette montagne, que voyez-vous ?

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